Ouvrir le menu principal

Page:Revue des Deux Mondes - 1917 - tome 42.djvu/719

Le texte de cette page a été corrigé et est conforme au fac-similé.


quels délégués ? — entrera au Conseil de guerre. Déjà l’esprit lucide du Président Wilson s’est prononcé. Et l’esprit vigoureux de M. Lloyd George n’hésitera plus, quand il aura, comme il convient, ménagé, caressé, désarmé tous les égoïsmes, personnels et nationaux. L’amour de la patrie est le premier amour. Mais les temps sont tels qu’on ne peut l’aimer que dans la victoire commune, et le lui prouver qu’en consentant, fût-ce comme un sacrifice (on en a fait de plus cruels), le moyen indispensable et infaillible de cette victoire.

Quoi qu’il en soit, M. Lloyd George et M. Painlevé étaient revenus de Rapallo très satisfaits de leur œuvre. Bien qu’on ne veuille pas leur faire l’injure de rapetisser leurs motifs à cette seule considération, ils s’en promettaient, M. Painlevé particulièrement, de bons résultats parlementaires. Il comptait fortement, pour consolider son ministère chancelant depuis sa naissance, sur ce qu’il avait obtenu à Londres au point de vue économique, en Italie au point de vue militaire. D’autant plus, calculait-il, qu’un adroit aménagement du calendrier par un de ses collaborateurs qui excelle à échelonner les échéances semblait lui assurer un assez long délai. La conférence interalliée était convoquée pour la dernière semaine de novembre. La souscription à l’emprunt de dix milliards s’ouvrait le 26 et ne serait close qu’en décembre. Il était incroyable que d’ici là le Cabinet pût être renversé. M. Lloyd George et lui exprimèrent donc, à la fin d’un déjeuner où il groupa autour du Premier britannique les personnages les plus en situation des deux Chambres, leur joie d’avoir si utilement travaillé. Chacun s’abandonna à son tempérament : M. Painlevé optimiste et lyrique, M. Lloyd George pugnace et amer. Il fit publiquement sa confession, et battit violemment sa coulpe sur la poitrine d’autrui. Sur-le-champ, on eut l’impression que, tout en touchant un point capital de la politique interalliée, le discours de M. Lloyd George était surtout un acte de politique intérieure anglaise. Ce qui s’est passé, la semaine suivante, aux Communes, l’interpellation de M. Asquith, l’a démontré. « J’ai voulu frapper l’attention, a déclaré M. Lloyd George, et, pour la contraindre à m’entendre, je n’ai pas craint de la secouer. » Mais l’ayant bousculée d’un peu plus loin, de Paris, à Londres, il l’a plutôt apaisée, sinon flattée. Sous les différences déforme, ce qui reste, au fond, de ses aveux, c’est que les déceptions, parfois si douloureuses, de l’Entente sont venues de ce que l’unité de front, belle maxime à mettre en exergue sur une médaille, n’a jusqu’ici jamais été qu’un mot. Words, words, words ! Mais pourquoi ? L’analyse de M. Lloyd George était exacte et sévère, mais