Ouvrir le menu principal

Page:Revue des Deux Mondes - 1917 - tome 42.djvu/712

Le texte de cette page a été corrigé et est conforme au fac-similé.


« Notre pays est encore, surtout dans les parties qu’il expose au soleil méridional, une terre où la vie est douce et qui, grâce aux facilités du climat, prolonge des modes d’existence que condamnent plus promptement les contrées où la nature est plus rude… Mais pour combien de temps ? On voit ainsi, dans les calmes automnes, des feuilles flétries et mortes qui ne se décident pas à tomber de l’arbre : quelques jours encore, et elles auront rejoint leurs aînées ! » Cette mélancolie enveloppe, menace et, par instans, blesse la méditation de l’écrivain qui, avec tant de fine et tendre intelligence, a étudié les aspects et l’intime raison de la vie française. L’accord ancien, l’entente vitale du sol et des hommes, n’est-ce pas une vérité qui va se défaire ? Et, par suite, se déferait l’harmonie des paysages, la réalité française qui, ayant duré, semblait devoir durer. Cette mélancolie achève en doute les certitudes patiemment acquises. Cette mélancolie pourtant ne va pas jusqu’au désespoir de la pensée. Non certes ! L’écrivain qui a montré, dans le présent, l’épanouissement du passé borne son œuvre à ce qu’il a vu, mais ne borne point à ce qu’il a vu les ressources parmi lesquelles se compose l’avenir. Il y a, dit-il, dans nos montagnes, nos fleuves, nos mers et dans la totalité géographique de * la France, bien des énergies qui attendent leur tour. Cela s’épanouira ; et c’est cela qui, tendant au jour, dérange la surface d’hier et d’aujourd’hui. Mais cela même est contenu dans le sol et sera du nouveau que le passé produira. Tout vient de loin : tout vient des profondeurs ; tout vient d’un sol. Et, dans le perpétuel changement, il y a continuité s’il y a nouveauté : ce qui change ne s’anéantit pas. La continuité, c’est le sol. Ainsi l’étude des conditions géographiques donne, dans la métamorphose, la réalité permanente. D’ailleurs, cette réalité permanente n’accable point les énergies humaines : elle les appelle, au contraire, et les excite ; mais elle doit les diriger. Le sol agit sur nous, en réglant nos habitudes : et il agit sur nous, par nos volontés qu’il aguiche. Entre le sol de France et les Français l’aventure n’est pas finie. Les Français n’ont pas fini de fouiller leur sol, de l’exploiter, de le piller, de le corriger, de rendre ses mines fécondes, ses fleuves navigables, ses routes rapides. Une mélancolie qui semblait émaner du sol tourne à un évangile de confiance et d’activité.


ANDRE BEAUNIER.