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Page:Revue des Deux Mondes - 1917 - tome 42.djvu/709

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M. Vidal de la Blache ne sépare pas la terre et les habitans de la terre. Nous avons vu que, même dans le récit de la préhistoire, il introduit, ne fût-ce que par le présage de la destinée humaine, l’attente de l’humanité. Ensuite, l’activité humaine, soumise aux possibilités que lui offre la nature, — et soumise en effet, mais à des possibilités, non pas à des fatalités, — multiplie ses trouvailles largement efficaces. On a bien des fois posé, depuis quelques années, la question de savoir si les divisions administratives de la France ne devaient pas être modifiées ; et l’on a paru tenté de recourir à une organisation plus nettement régionaliste. Les régions, qui ne distinguent pas les provinces, mais véritablement les pays, ne sont-elles pas des réalités, et ainsi ne fourniront-elles pas un type et même une hiérarchie de divisions naturelles ? « Quelques-uns l’ont cru, » répond M. Vidal de la Blache, — dans l’introduction d’un recueil où l’on a groupé quelques essais de plusieurs auteurs, et relatives aux Divisions régionales de la France ; — « on a voulu chercher dans ces divisions naturelles et dans ces pays le principe de divisions et de subdivisions administratives. Il est dommage seulement que l’élément humain, avec son inquiétude et sa recherche perpétuelle du mieux, ne se laisse pas enfermer dans des cadres fixes. L’homme n’est pas une plante esclave du milieu où elle a pris racine. C’est un être mobile, et qui cherche dans les associations qu’il combine le moyen de subvenir à des besoins variés, dont la somme s’accroît en proportion de ses progrès mêmes. » Éludons ce problème : je ne l’ai mentionné que pour qu’on vit, dans cette réponse, l’importance que ce géographe, et géologue, attribue à l’ « élément humain. » C’est, d’ailleurs, ce qu’on voit mieux encore en lisant son Tableau géographique de la France.

Il appelle la géographie une méthode pour interpréter les paysages. Un paysage est un ensemble d’élémens différens par l’âge et l’aspect. Toutes les lignes et toutes les formes ont leur signification : les unes proviennent d’énergies anciennes et mortes ; d’autres, d’énergies moins anciennes et diminuées seulement ; d’autres, d’énergies en pleine vigueur. Ces énergies ne travaillent point isolément : les dernières du moins, n’agissent que sur le terrain façonné par les précédentes et dans les conditions que l’œuvre des précédentes leur impose. Toutes agissent pourtant ; et leur complexité est ce que démêle, avec science et avec art, ce paysagiste, le géographe. « Les formes de terrain ne sont qu’une partie du spectacle étalé sous nos yeux. La végétation et les œuvres de l’homme influent aussi, et combien ! sur la