Ouvrir le menu principal

Page:Revue des Deux Mondes - 1917 - tome 42.djvu/679

Le texte de cette page a été corrigé et est conforme au fac-similé.


l’îlot, parce que les feux des canons de cet îlot et ceux des canons de Cüxhaven se croisent, et qu’ils écraseraient les navires assez imprudens pour venir se placer dans l’intervalle.

Il y a exactement 59 kilomètres entre les deux points considérés. Admettons que les bouches à feu qui y sont en batterie soient du calibre le plus élevé et que la portée théorique de ces bouches à feu [1]atteigne, dépasse même 30 kilomètres, on voit que la zone battue à la fois par les deux artilleries est assez faible, déjà. Mais, dans la pratique, dans la réalité des choses, il n’y aurait pas effectivement de danger pour les bâtimens de recevoir, des deux côtés, des coups efficaces. On ne peut tirer sur un but aussi mobile qu’un bâtiment que quand on le voit ; c’est un tir au vol et qui n’a rien de commun avec celui que l’on peut exécuter, à terre, sur un point fixe, à terre aussi. Or, de bonne foi, pense-t-on que les canonniers d’Helgoland, — les mieux placés, étant à l’altitude de 50 à 60 mètres en moyenne, tandis que ceux de Cüxhaven sont quasi au ras de l’eau, — apercevront souvent les navires, à 30 kilomètres de distance, dans une atmosphère le plus souvent chargée de nuages, en tout cas, toujours humide ? On n’est point là dans la Méditerranée…

Mais il y a mieux ; il y a une circonstance à laquelle n’ont point songé les gens qui accueillent tout ce qu’il plaît à nos rusés ennemis de leur faire croire.

L’ilot d’Helgoland, beaucoup plus long que large, est orienté à peu près Nord-Ouest-Sud-Est. Or, cette orientation est précisément celle de la, route qui conduit de l’ilot à Cüxhaven. Il en résulte que, des quatre tourelles barbettes échelonnées nécessairement dans la même direction sur l’étroit plateau d’Helgoland, une seule pourrait donner des feux sur la zone dont je parlais tout à l’heure. Cela changerait singulièrement déjà la face des affaires, mais il suffit d’observer, pour conclure, qu’aux distances énormes de 30 000 mètres, il n’y a plus aucune précision à espérer du tir d’une bouche à feu. Encore une fois, on peut, dans de telles conditions, bombarder une ville comme Dunkerque ou Nancy, mais il n’est pas permis de tirer sur un bâtiment.

  1. Il ne faut pas perdre de vue que, dans les dispositifs réguliers de mise en action des pièces de côte, on perd toujours nécessairement une partie de l’angle de projection qui correspond à la portée maxima.