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Page:Revue des Deux Mondes - 1917 - tome 42.djvu/677

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préparer un débarquement, si elles sont assez grandes et quelque peu éloignées de la terre ferme, soit d’admirables emplacemens de batteries et de parcs d’aviation si leur superficie est médiocre et que leur distance à la côte n’excède pas une quinzaine ou une vingtaine de kilomètres.

Dans l’espèce, le chapelet des îles de la Frise orientale n’est, en moyenne, qu’à 8 kilomètres de l’ourlet de digues de la côte. Pour celles de la Frise septentrionale, cette distance varie de 5 kilomètres à 12, environ.

Toutes les îles sont-elles armées ? C’est douteux ; en tout cas, celles qui offrent de particuliers avantages au défenseur ou qui, inversement, en présenteraient de très marqués à l’assaillant, si celui-ci s’en emparait. A cet égard, on peut citer l’île de Wangeroog, que borde le principal chenal de la Jade extérieure. Il est clair que si l’on capturait cette île, on se hâterait d’y prendre les dispositions nécessaires pour embouteiller toute force navale existant dans la Jade intérieure. Dans les îles défendues il faut faire rentrer encore les deux îles terminales du front maritime, Borkum, à l’embouchure de l’Ems, et Sylt, du Slesvig, dont je viens de parler ; et aussi, et surtout Helgoland.

Arrêtons-nous un moment sur ce point fort intéressant de Helgoland. Un point, à la lettre, un faible îlot de 1 800 mètres de long sur 900 de large dans sa maîtresse partie, mais un îlot dont les Allemands ont fait une forteresse.

Cette forteresse a singulièrement exercé les imaginations dans ces derniers temps. Des écrivains maritimes ont donné d’Helgoland et de ses défenses des descriptions qui touchent au merveilleux, au merveilleux dans le colossal, comme on le goûte en Allemagne* N’avons-nous pas lu, par exemple, que l’ilot était ceinturé d’une cuirasse métallique, étrange corselet qu’il ne serait assurément pas facile de fixer sur les falaises en argile rouge, friable, dont la mer ronge constamment la base [1]. Je laisse à penser ce qu’il adviendrait de cette ceinture, — à supposer qu’on ait pu, effectivement, la mettre en place — si elle recevait les coups directs des projectiles des canons de 343,

  1. Helgoland était, au moyen âge, beaucoup plus étendu qu’aujourd’hui. Certains documens qui en fournissent la carte, affirment que l’Ile était le siège d’un évêché. Elle avait donc plusieurs paroisses, au lieu de l’unique bourgade de pécheurs qui borde le pied de la falaise du Sud-Est, sur un terre-plein en pente qui n’est qu’un ancien éboulis. C’est d’ailleurs de l’autre côté, à l’Ouest et au Nord-Ouest, — côté du large et des vents régnans — que l’île s’est le plus « usée. »