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Page:Revue des Deux Mondes - 1917 - tome 42.djvu/594

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III. - SUR UN AIR ITALIEN ET BIZARRE


Humaine entre les humaines,
O toi qui comprends les cœurs,
Veux-tu qu’un soir je te mène
Mes rêves et mes douleurs ?

Par un crépuscule orange,
Vers les mura de ta villa,
Je guiderai, pâtre étrange,
Mon troupeau docile et las.

Nous irons sous les vieux rouvres
Et sous, les oliviers tors,
Jusqu’à ton portail qui ouvre
Ses battans de fers et d’ors.
 
Entre tes cyprès énormes
Et tout enserres de nuit,
Tu verras passer les formes
De mes plus charmans ennuis ;

Au bruit bleu de tes fontaines,
Dans l’ombre qui grandira,
De mes peines incertaines
La plus chère pleurera.

Et sous la lune montante
Qui fait ton jardin plus noir,
Tu sauras que ce qui chante
Est mon très doux désespoir.

Enfin, dans le petit temple
Où jadis venaient les dieux,
Il faudra que tu contemples
Un holocauste odieux.