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Page:Revue des Deux Mondes - 1917 - tome 42.djvu/592

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Acceptez la framboise aux rameaux empourprés
Et tous les papillons fermés des pois sauvages ;
Prenez, humide encor des limpides orages,
Vous, Étoile du ciel, cette étoile des prés ;

Ce noir petit myrtil ; et cette sauge jaune
Qu’après l’avoir souvent cherchée en ces ravins.
Où elle croît si haut qu’on l’aperçoit en vain,
Nous avons fait ravir par un agile faune ;

Voyez-le comme nous d’un regard indulgent
Et riez à nos fleurs, ô déesse sacrée,
Pour que de nos parfums monte l’âme épurée
Jusqu’au sommet du rêve, à vos chers pieds d’argent.


CINQ CHANSONS


I. — ROMANCE D’AUTOMNE


Viens rêver aux derniers feuillages
Auprès du feu brûlant et beau,
Où la robe des paysages
Se déchire en ardens lambeaux ;
Auprès du premier feu d’automne
Viens rêver, mon amie:entends
Dans le chant que la bûche entonne
Le regret des défunts printemps.
Mais surtout, rêveuse indolente,
Auprès du feu resplendissant,
Viens chérir la saison brûlante
Où tout est vrai comme le sang;
La saison des pactes suprêmes
Et des sentimens empourprés
Où tout est plus doux quand on aime
Où tout est pur, simple et sacré.
Viens évoquer le feu magique
Qui tout en haut des cimes luit,
Car les pâtres mélancoliques.
Ne l’allument qu’au bord des nuits.