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Page:Revue des Deux Mondes - 1917 - tome 42.djvu/553

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misère, et de s’assurer le repos en ayant moins d’enfans ? Sa foi en un devoir supérieur à son repos.

De la famille Amet, établie à Cornimont dans les Vosges, M. Méline a dit : « C’est une famille qu’il faudrait encadrer. » Le cadre devrait être de taille, car elle a vingt-trois enfans. L’ombre qui nous dérobe les épreuves et les mérites des humbles commença à se dissiper pour les Amet, quand un journaliste écrivit : « En ce moment où on interviewe à outrance des assassins, des actrices, ou simplement des députés, je vais aller voir la plus grande famille de France. » Il y a plus de trente ans, Amet et une jeune fille se mariaient sans contrat, car on n’y déclare ni sa santé, ni son amour, ni son courage, et ils n’avaient pas d’autres biens. Ces biens peu à peu créèrent les autres et grâce aux enfans qui bien vite furent instruits à se rendre utiles. Tous apprenaient aussi à s’aimer et à se sentir les membres d’un même corps, à ne séparer leurs existences ni de droit, ni de fait, et quand ils devinrent trop nombreux pour le seul travail offert à leur bonne volonté par l’exiguïté du domaine minuscule, ils continuaient leur glane laborieuse par les tâches qu’ils cherchaient à l’entour, et dont ils apportaient le gain au foyer commun. Dans cette collectivité toujours unie, les profits des aînés payaient les dépenses des nouveaux venus, l’économie de chacun accroissait en offrande incessante le bien de tous, et vingt-deux obéissances toujours soumises à une seule volonté assuraient force à son commandement. Aussi les lopins s’agrandirent, puis une ferme fut louée, puis le locataire devint acquéreur, et aujourd’hui le chef des Amet est propriétaire de dix hectares, de huit vaches et d’une maison assez vaste pour loger les fils et les filles qui continuent d’accroître le domaine paternel resté le bien familial. Et si l’on cherche qui enseigne au père si obéi le précepte de son propre devoir, et la constance vingt-trois fois renouvelée des sacrifices et des espoirs, on trouvera dans cette maison même, à la place d’honneur, l’hôte le premier accueilli, et toujours écouté, le Christ devant lequel chaque jour s’agenouillent ensemble le père, la mère et les enfans.

Comment de telles mœurs redeviendront-elles celles de la France ?


ETIENNE LAMY.