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Page:Revue des Deux Mondes - 1917 - tome 42.djvu/544

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Quelle représaille contre l’inégalité de la richesse que l’anéantissement du genre humain I S’il y a dans la doctrine socialiste une noblesse, c’est l’acceptation de la lutte et de la souffrance présentes par les vivans qui se sacrifient aux destinées meilleures de leurs fils. Son effort appelle des héritiers, n’a de sens que par eux. Durant la traversée du désert, plus elle a de foi, plus elle doit accroître le nombre de ceux qui se partageront la terre promise. Or ce sont les prophètes de l’ordre futur et de la solidarité dans l’espèce qui conseillent de mettre fin dès aujourd’hui à l’espèce, légitiment la renonciation à la solidarité pour un égoïsme destructeur de l’avenir, et font de la génération présente le tombeau vivant des générations futures. C’est un mystère d’insanité que l’idolâtrie de la vie aboutisse à la destruction de la vie, et que l’espoir des hommes devienne le néant. Ou sont les raisons d’une telle déraison ? Cette abjecte science de la vie sans enfans est si contraire au créateur sourire de la France qu’on est conduit à découvrir dans la propagande de stérilité une influence étrangère envahissante et subie.

Plus on étudie, en effet, la genèse de notre socialisme, plus on y reconnaît l’expropriation continue du génie français par la maîtrise d’un esprit tout contraire et plus fort. Quand des ouvriers français créèrent en 1864 la Société internationale, ils sollicitaient, pour la conduite du socialisme qui cherchait l’unité, les aptitudes des différentes races, et préparaient l’obéissance des unes aux autres. Entre elles, la hiérarchie s’établit aussitôt et très différente de ce qu’ils prévoyaient. Les Français avaient les premiers agité la question sociale, mais avec notre idéal d’indépendance et la passion de concilier l’intérêt collectif avec la liberté individuelle. Cette façon de poser le problème compliquait les solutions, elle exposait nos doctrines à paraître incertaines et vacillantes en face des thèses rigides et simples comme sont toujours celles où, au lieu de ménager des intérêts, on sacrifie les unes aux autres. Nul pays n’était plus préparé à cette simplification intellectuelle que l’Allemagne. Longtemps livrée par le morcellement de ses Etats aux infortunes des faibles, elle avait, par une aspiration séculaire, attendu, comme son salut, un gouvernement qui disciplinât,