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Page:Revue des Deux Mondes - 1917 - tome 42.djvu/536

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fait des pauvres sa compagnie préférée, il est prêt à devenir l’un d’eux. Mais sa sollicitude charitable l’a désigné à un philanthrope qui sait faire grand contre la souffrance humaine et a besoin d’un directeur médical. C’est de nouveau la sécurité pour les siens, et la joie de servir ceux qui sont aussi les siens : les infirmes et les vieillards. La fin de la guerre sera peut-être pour lui la fin de cette trêve et le commencement de nouvelles étapes. Il est prêt. Il se sent conduit, de relais en relais et par des routes qu’il ignore, vers une destinée dont il ne s’inquiète pas. « Je n’ai jamais su ni comment ni si je pourrais boucler mon budget : il s’est cependant toujours bouclé. Je n’ai jamais vu Dieu nous abandonner et nous avons passé par toutes sortes d’épreuves qui ont été des crises bénies. A partir du moment où un homme et une femme conscients de leur misère naturelle, demandent et reçoivent la grâce dans le sacrement du mariage, ils peuvent braver les difficultés de la vie et les vaincre avec calme, sang-froid, sérénité, conscience de n’accomplir ici-bas qu’un passage. Alors, au lieu de convoiter les biens du prochain, ils cherchent à servir et à ce que leurs enfans servent Dieu et le prochain et ne se croient aucun droit spécial ni à des faveurs, ni à des biens temporels, car le bien suprême, ils le possèdent. »

Si de telles élévations donnent un peu le vertige, ces croyances sont celles de l’Eglise, et le plus singulier en ce catholique, c’est d’être conséquent. Il déconcerte par l’intransigeance simple de ses certitudes. Mais l’essentiel de cette certitude vit obscure dans les chrétiens qui la sauraient le moins exprimer, dans la multitude muette des simples. Et c’est chez eux surtout qu’elle est nécessaire, car c’est à eux que leurs difficultés quotidiennes conseillent le plus, par toutes les concordances des calculs humains, la renonciation à la famille. Nobles et bourgeois, auraient beau ranimer la fécondité ancienne des foyers, ils ne forment qu’une minorité. Il faut, pour rendre à la France le nombre, la collaboration du nombre, le concours des paysans et des ouvriers.


III

Le paysan qui durant le plus long cours de notre histoire fut presque toute la race en est encore la majorité.