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Page:Revue des Deux Mondes - 1917 - tome 42.djvu/534

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prévenir le déclin de la race ; adjurait ses confrères de donner l’exemple, et sceptique à leur bon vouloir, proposait les moyens coercitifs, « l’impôt de génération [1]. » Ces contraintes n’ont pas été nécessaires pour que le docteur Dauchez, ancien interne des hôpitaux de Paris, élevât onze enfans : lui aussi a donné sa consultation dans une brochure courte et pleine. Il affirme que « l’influence de la religion sur la génération et la natalité est reconnue par tous, même par nos maîtres les plus indifférens. » Et il conclut : « Si la France se dépeuple au lieu de s’accroître, la faute est due à l’affaiblissement de la pratique religieuse, au relâchement du frein que celle-ci apporte aux passions. Nous croyons que les catholiques sincères pourront seuls refaire la race et la nation [2]. »

Par quel attrait mystérieux la croyance religieuse tourne certaines âmes vers l’aimant des sacrifices, apprenons-le d’un autre médecin. On m’avait raconté sur lui des choses surprenantes au point d’être invraisemblables : que dans sa carrière il avait connu souvent la compagnie, jamais la crainte de la pauvreté, que ses soins lui semblaient dus par préférence aux indigens, que, dans l’incertitude du lendemain, il avait fondé un foyer, qu’ensemble avaient malaisément grandi sa famille et sa réputation, que sa façon de tenir le manque d’argent pour une chose indifférente avait imposé à notre idolâtrie de la fortune, qu’âgé de quarante-neuf ans, père de onze enfans et vierge de rentes, il n’avait pas souffert dans son prestige d’une originalité où resplendissait la vertu. Cela me donna le désir de le connaître. Et il m’expliqua sa conscience : « Pour tout chrétien, le précepte est d’aimer son prochain, et le prochain le plus proche est l’enfant. Dieu qui ordonne à l’homme de se multiplier a promis secours au fidèle. Si le chrétien se préoccupe des suites qu’aura sa soumission, il usurpe sur la Providence en doutant d’elle. A lui d’accomplir chaque jour son devoir sans inquiétude du lendemain, à la Providence de préparer le lendemain mérité par la docilité du fidèle. Je n’ai jamais fait autre chose que respecter cette division des pouvoirs.

  1. « Tout Français de trente à cinquante ans doit avoir trois enfans ou payer la somme que coûterait l’élevage de trois enfans dans la classe sociale à laquelle il appartient. » Rapport de M. F. Jayles, à l’Académie de médecine. Séance du 3 juillet 1917.
  2. La France repeuplée volontairement par les catholiques pratiquans, par le docteur Dauchez. Lyon, imprimerie du Nouvelliste, 1917.