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Page:Revue des Deux Mondes - 1917 - tome 42.djvu/524

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édificatrice, la vertu fondamentale de la bourgeoisie. S’il a rendu les hommes de labeur inégaux en grâces légères aux hommes d’élégance, il les a utilement alourdis du lest qui manque à l’existence vide, il leur a imposé une règle inconciliable avec les dissipations, il leur a rendu plus précieuses les joies toutes proches et reposantes de la famille, il leur a appris un sage orgueil. Ils ont sous les yeux les résultats de leurs efforts, les concurrences des entreprises rivales, l’esprit de conservation les sollicite, pour défendre leur fortune, de développer leurs affaires et, pour développer leurs affaires, de se choisir des collaborateurs. Lesquels sont les plus sûrs, les plus avertis de tout ce qu’il faut connaître et ne pas répandre, les plus inséparables de l’entreprise, sinon les enfans de celui qui dirige l’œuvre à continuer ? Les chefs des grandes industries assurent donc, par l’abondance de leurs familles, l’avenir de leurs affaires. Ceux-là trouvent un accroissement de richesse à l’accomplissement de leur devoir paternel. Mais qu’on ne dise pas : leur fécondité n’est qu’un bon placement, car d’autres, ayant les mêmes intérêts sans avoir la même foi, ont moins d’enfans. Pour collaborateurs, ceux-là préfèrent des étrangers qu’ils s’adjoignent au moment précis où ils en ont besoin et dont ils ne payent pas le concours par-delà l’heure où il est utile. Ils se libèrent des coûteuses peines qu’il faut pour transformer des fils en auxiliaires efficaces, ils s’épargnent l’embarras des déceptions qui sont parfois le paiement des pères ; ils augmentent les commodités ou le faste de leur existence ; moins ils sont pères de famille, plus ils prodiguent en fils de famille leurs placemens et leur dissipation. Dans la bourgeoisie, les fondateurs de grands foyers obéissent avant tout à ce qu’ils tiennent pour un précepte absolu de morale, et ils conforment leurs actes à leur croyance.

Ces vérités eurent un jour les honneurs de la séance à l’Académie française. Un philosophe qui s’était fait pardonner grâce au rire de son esprit le sérieux de sa pensée, Labiche, succédait, le 25 novembre 1880, à Sylvestre de Sacy. Arrière-petit-fils d’un notaire royal qui avait minuté sous Louis XIV, parent du Lemaitre de Sacy qui fut de Port-Royal, fils de cet Antoine-Sylvestre que sa science de l’ancien Orient fit baron de l’Empire, Samuel-Sylvestre de Sacy était devenu l’un des quarante. Labiche loua cette famille qui, sous son double