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Page:Revue des Deux Mondes - 1917 - tome 42.djvu/521

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Surtout, la fortune, qui pour tant de gens est tout, est moins pour ceux de naissance. Leur principale fierté leur vient des services rendus par leurs pères à nos pères, et ils ne tiennent pas pour égaux les services que les contemporains se rendent à eux-mêmes en devenant riches. Par cette préséance de l’honneur sur l’argent, ils exercent encore un office public, maintiennent dans un monde trop gouverné par la matière un idéal, et cet idéal s’impose même aux parvenus qui, fortune faite, croient gagner encore, s’ils associent la grasse dot de leur fille au titre nu d’un gentilhomme. Les chances de ces rencontres aident la noblesse à multiplier ses enfans, mais ne lui sont pas indispensables. Dans cette société où chacun a son rang fixé non par l’importance du train qu’il mène, mais par l’éclat des souvenirs qu’il perpétue, les mariages désintéressés sont moins rares qu’ailleurs. C’est encore une aristocratie de tenir pour secondaire la médiocrité des fortunes quand s’unit l’honneur des noms et d’estimer plus intact le blason dédoré par les siècles que redoré trop à neuf. Là aussi l’avenir des enfans, lorsqu’il n’est pas assuré par les ressources de la famille, est pris en souci par le bon vouloir de la caste. On les aide à se produire, on met en jour opportun leurs mérites, on leur prépare les conjonctures utiles, on fait de leur succès une œuvre commune. La solidarité, proclamée comme le nom nouveau d’une vertu nouvelle au service des foules nouvelles, n’existe guère de nos jours qu’entre les plus anciens survivans du passé.

A ces causes adjuvantes s’ajoute la principale : la foi religieuse. Le catholicisme n’est pas seulement la plus sévère des vieilles modes que la noblesse met une coquetterie grave à ne pas abandonner. Il a été le maître des temps aimés par elle, et le respect qu’elle garde à chacune de leurs institutions la tient plus attachée encore à leur commun inspirateur. Il fut tout ensemble la synthèse d’un ordre humain et la révélation d’un ordre surhumain, et il est resté pour elle, même depuis qu’il a cessé d’être la loi de la société changeante, la loi de la vie qui ne finit pas.

A juger d’après les manifestations et le langage, cette foi serait également forte chez tous ceux de cette origine. Leur éducation de bonne compagnie répugne au scepticisme agressif, à l’incrédulité tapageuse, et leur esprit de corps impose silence à l’esprit de controverse. Pourtant, cette société n’est pas si close que n’y pénètre l’atmosphère ambiante, et sa vieillesse se