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Page:Revue des Deux Mondes - 1917 - tome 42.djvu/507

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insurrection. Et tous les règlemens de toilette qu’il édicta eurent le sort habituel des lois somptuaires. Il fut vaincu dans sa lutte contre les robes de soie. Les fards et les cheveux ornés de riches épingles le bravèrent insolemment. S’il avait connu la Bible, il se serait senti de cœur avec le prophète Isaïe, qui maudissait les filles de Sion parce qu’elles étaient devenues orgueilleuses et qu’elles s’avançaient la tête haute, lançant des regards, et qu’elles allaient à petits pas et faisaient sonner les anneaux de leurs pieds. Les filles du Japon étaient appuyées dans leur résistance par leur Directrice, une dame imposante que la faveur de l’Impératrice rendait inamovible. Et l’entourage suivait d’un œil amusé les péripéties de ce duel entre une vieille institutrice et un vieil homme de guerre.

Pour moi, j’admire que ce vieil homme, arrivé au terme des honneurs et chargé de gloire, ait apporté à ces fonctions toutes nouvelles, dont aucun détail ne lui semblait indigne de lui, la même ardeur et la même conscience que si la réussite de toute une longue vie avait dû en dépendre. Il servait aussi sérieusement son pays à la tête d’une école qu’au front des armées. L’Empereur l’en récompensa en lui confiant l’éducation de ses petits-enfans, et voulut aussi qu’il accompagnât, avec l’amiral Togo, le prince envoyé en Angleterre au couronnement du roi George. À son retour, il réunit ses élèves et leur raconta ses impressions. Il avait été très étonné, dans son séjour à la Cour de Roumanie, que le petit prince et les princesses de la famille royale se fussent présentés chez lui sans aucune espèce d’apparat ; et, se tournant vers les trois princes impériaux, présens à sa causerie, il leur dit que le temps ne lui semblait pas venu pour eux d’imiter cet exemple, mais qu’il viendrait peut-être bientôt. Cela parut une grande hardiesse, que personne, même les réformateurs les plus radicaux, n’aurait osé se permettre à cette place et devant cet auditoire. Mais Nogi n’avait point conscience de son audace, car chacune de ses paroles lui était inspirée par l’amour de son souverain et de son pays.

Et l’Empereur mourut. Durant les quarante-cinq jours qui précédèrent les funérailles, on le vit chaque jour au Palais rendre ses hommages à la dépouille impériale ; et, chaque nuit, il veilla le cercueil. Le reste du temps, il le passait chez lui en prières et en purifications. Il ne manifestait aucune tristesse particulière. Selon son habitude, il causait familièrement avec