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Page:Revue des Deux Mondes - 1917 - tome 42.djvu/452

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regarder se dessiner sur le fond fuligineux du ciel la noble silhouette de cette symbolique statue de la Liberté, qui domine le port de New-York. Il éprouvait un plaisir dont il ne se lassait point à suivre des yeux les voilures et les mâtures des vaisseaux auxquels la houle faisait décrire de mystérieux hiéroglyphes dans l’air, à voir le soleil, rayonnant ou morose, jaillir de l’Océan ou s’y replonger, et surtout à contempler les mouvantes constructions des nuages, la splendeur multiforme de la mer.

En cet état d’âme, lorsque vers 1908 la famille Seeger émigra au Mexique, le jeune Alan quittait New-York les yeux éblouis par le scintillement aveuglant des phares intermittens et des affiches lumineuses. Il avait l’esprit obsédé par l’animation fantastique du môle, du belvédère, par le fourmillement criard des quais, par le tintamarre formidable des machines, par l’inénarrable encombrement du pont colossal de Brooklyn ; la poitrine oppressée par la hauteur vertigineuse des bâtimens-tours surplombant, de toutes parts, la cité industrielle, par l’atmosphère de cette ville immense où les Affaires, Business, étaient devenues une religion, et non pas seulement au sens métaphorique du mot, mais une religion ayant ses prêtres, ses martyrs et ne laissant rien prospérer, sinon sous sa tutelle.

Le contraste d’un débarquement sur une des terres les plus fleuries, les plus silencieuses du monde devait avoir, sur le développement intellectuel d’Alan, une influence vive.

Avec une curiosité passionnée, il se mit à parcourir son nouveau domaine. Il profitait de tous ses jours de liberté pour visiter un coin du pays magnifique. Chaque saison, aux grandes vacances, revenant du collège de Harvard où il faisait ses études, l’adolescent se plaisait à pousser jusqu’aux Tropiques, à parcourir la Havane, à atteindre Vera-Cruz. Il s’emplissait l’âme de libres espaces, les yeux de lumière et de couleurs ; dans sa jeune ferveur, il se sentait possédé du désir « d’encercler la terre tout entière de son insatiable besoin de l’admirer, de l’adorer… » Louerait-il les forêts exubérantes, l’amphithéâtre majestueux des pics qui entourent Mexico, à la tropicale verdure, d’une couronne immaculée de neiges éternelles ? ou les plaines riches en végétations de toutes sortes, miraculeusement parfumées ? Louerait-il les nuages errans, fils floconneux de