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Page:Revue des Deux Mondes - 1917 - tome 42.djvu/441

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juste rémunération ? Comment un ministre renoncerait-il a percevoir les droits de douane établis par la loi ? Pourquoi certains navires auraient-ils, à leur entrée dans les ports, une priorité sur d’autres pour le déchargement ? Pourquoi seraient-ils exemptés des taxes de quai, des surtaxes de pavillon ? Il suffit de rappeler les avantages concédés à la Commission de ravitaillement pour établir le côté factice de ses comptes, c’est-à-dire pour expliquer les résultats dont elle s’enorgueillit à juste titre, mais qui ne sauraient servir d’argument à ceux qui prétendraient organiser à l’avenir, sur ce modèle, les services d’importation chez les nations modernes. C’est au contraire du libre jeu des rouages économiques, de la faculté laissée à chaque individu d’acheter et de vendre à sa guise, de rechercher, dans son intérêt comme dans celui de ses cliens, la marchandise là où elle est offerte pour l’apporter là où elle est demandée, que résulte le véritable équilibre et la détermination de prix sincères.

M. Robinson Smith estime qu’un but aussi noble que celui d’assurer l’alimentation du peuple à bon marché susciterait des dévouemens semblables à ceux dont témoignent les efforts et le succès de la Commission de ravitaillement. Nous lui répondrons que les hommes politiques, dans les démocraties, cherchent peut-être sincèrement à améliorer le sort de leurs électeurs, mais qu’ils n’y réussissent pas toujours. Les expériences faites en France au point de vue du ravitaillement ne nous portent pas à croire que le résultat eût été pire si les interventions gouvernementales ne s’étaient pas produites.

L’argument tiré de la valeur et du désintéressement des hommes qui ont concouru à l’œuvre de la Commission nous semble venir à l’appui de la thèse individualiste. La plupart de ceux qui y ont collaboré sont des spécialistes, qui avaient acquis dans leur carrière une vaste expérience, et, par leur intelligence et leur honnêteté, s’étaient élevés aux premiers rangs de leur profession. Aux jours d’épreuve, mus par des sentimens altruistes, animés d’un désintéressement qui n’est pas la règle des actions humaines, ils se sont consacrés à une tâche qui leur semblait digne d’eux. Enfin ils ont eu la bonne fortune de trouver pour les diriger, pour coordonner leurs efforts, un homme d’une valeur exceptionnelle, une sorte de génie organisateur, qui s’est dévoué corps et âme à l’œuvre du ravitaillement et qui, par sa puissance de conception et sa volonté tenace, a