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Page:Revue des Deux Mondes - 1917 - tome 42.djvu/440

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impôts qu’ils paient. Un bureau d’inspection générale, installé à Bruxelles, rayonne sur le pays par l’intermédiaire d’inspecteurs qui se transportent incessamment d’un centre à l’autre.

La Commission ne s’est pas seulement occupée du ravitaillement ; elle avait dans ses attributions les secours, le logement, le vêtement, les soins à donner aux nouveau-nés, aux enfans, aux mutilés, le contrôle des récoltes indigènes, l’importation des produits pharmaceutiques, du fourrage, les écoles, les établissemens religieux, les sociétés de prêt, les ateliers, l’emploi des 100 millions de francs recueillis en deux ans dans le monde pour l’œuvre et des 500 000 francs que les Belges expatriés envoient chaque mois à leurs compatriotes demeurés sur la terre natale. La valeur du million de tonnes importées la première année, en y ajoutant les frais de transport et de distribution, représente environ 400 millions de francs. Les prix de vente encaissés ont atteint 460 millions : le bénéfice de 60 millions a été remis aux comités provinciaux, qui en ont donné la moitié aux pauvres et mis l’autre moitié en réserve.

On aurait tort de tirer de l’expérience qui se poursuit la moindre conclusion favorable au socialisme. En premier lieu, l’état de guerre excuse et justifie la mise en œuvre de méthodes qui seraient difficilement acceptables en temps de paix. La force des choses fait que les gouvernemens civils et surtout les autorités militaires concentrent dans leurs mains une somme de pouvoirs arbitraires telle qu’aucun peuple ne la supporterait aux époques normales. Quand il s’agit du salut de la patrie, chacun fait le sacrifice des libertés essentielles, renonce même à critiquer l’usage que les autorités font de la toute-puissance qui leur est momentanément attribuée et immole la plus grande part de son indépendance au but unique et suprême : la victoire. Non seulement le jeu naturel des facteurs qui déterminent en temps ordinaire les résolutions humaines est suspendu, mais les mobiles qui dirigent nos actes ne sont plus les mêmes. Quelle raison une compagnie de chemins de fer aurait-elle, aux époques de paix, d’opérer gratuitement des transports ? Elle n’en aurait même pas le droit vis-à-vis de ses actionnaires. Pourquoi des courtiers, qui travaillent à gagner leur vie et celle de leur famille, opéreraient-ils des achats, des assurances, des expéditions sans exiger leur