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Page:Revue des Deux Mondes - 1917 - tome 42.djvu/408

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ainsi au contrôle de la Commission des monumens historiques. Si l’on avait le loisir de s’attarder a des fouilles dans cette littérature vite oubliée, on pourrait en rapporter la matière d’un livre, égayé de citations amusantes et qui ne serait pas sans utilité pour l’histoire de ce qu’on pourrait appeler les idées et le goût archéologiques. M. Anatole Leroy-Beaulieu, revenant ici même (à propos des travaux de la cathédrale d’Evreux) sur ces controverses toujours ouvertes, consacrait à la restauration de nos monumens historiques devant l’art et devant le budget [1], un article qui est un modèle pour le bon sens et la large compréhension des élémens très complexes que comportent les problèmes discutés et qui sera bon à relire encore, demain, quand nous allons nous trouver en présence des mêmes questions et sans doute des mêmes discussions.

Nous n’avons aucune envie d’excuser les méfaits des architectes restaurateurs. Il ne faut pas toutefois leur refuser le bénéfice des circonstances atténuantes, si l’on tient compte des conditions et des temps où ils durent opérer ; il ne faut surtout pas nier de parti pris les services qu’ils ont pu rendre. Certes ils ont trop « déposé, » trop refait, quand il eût suffi de conserver et de consolider ; ils ont trop restitué selon des simples hypothèses ou conformément à des théories trop absolues ; mais tout de même, ils ont beaucoup sauvé de ce que M. Maurice Barrès appelait d’un mot si juste « la physionomie architecturale, la figure physique et morale de la terre française. » Rappelez-vous l’émotion qui nous souleva, le cri d’indignation qui monta de tous les points de l’horizon du monde civilisé quand les avions allemands allumèrent dans les combles de Notre-Dame de Paris un commencement d’incendie qu’on sut, par bonheur, aussitôt étouffer. Encore un peu, et c’est la flèche qui flambait, la svelte flèche qui, jaillie du carré du transept, couronne et exalte si heureusement la silhouette de l’immense vaisseau ! Qui donc s’avisa de se souvenir alors que cette flèche est l’œuvre, — l’œuvre en son temps très contestée, — de Viollet-le-Duc ? Notre Notre-Dame, en dépit de tant de remaniemens intérieurs et extérieurs, n’en est pas moins restée dans le cœur des Parisiens et dans la vénération de l’univers entier, la très noble et illustre basilique de Maurice de Sully, de Philippe-Auguste et de saint Louis !…

  1. Voyez la Revue du 1er décembre 1874.