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Page:Revue des Deux Mondes - 1917 - tome 42.djvu/402

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de librairie, on a pu lire l’annonce d’une définitive et colossale histoire, description et explication de la cathédrale, dès maintenant sous presse, « et qui paraîtra bientôt… » Ils ont emporté les pastels de Latour ? Mais voici des reproductions en couleurs, avec commentaires inédits, critiques et esthétiques d’un des déménageurs… Le sépulcre de Ligier Richier à Saint-Mihiel ? Mais c’est eux qui l’auront sauvé ! On pourra dresser après la guerre (et ils n’y manqueront pas)… une longue bibliographie de toutes les dissertations publiées au cours de l’invasion et des pillages par leurs privat-docent mobilisés, dans leurs « imprimeries d’étapes ! »

Comment les accuser après cela d’avoir déchaîné sur la Belgique et sur la France leur frénésie dévastatrice ? N’ont-ils pas tout prévu au contraire, tout fait pour préparer et faciliter l’œuvre réparatrice de la civilisation dont ils prétendent, demain comme hier, après comme avant leurs forfaits, rester les protagonistes brevetés ? A mesure que leur recul « stratégique » les obligera à se dessaisir de leurs derniers gages, il faut donc nous attendre de leur part à un redoublement simultané de malfaisance et de « contributions » sur les monumens mutilés par eux.

Laissons-les, pendant qu’ils détruisent encore, prodiguer à leurs victimes les marques d’une sympathie désolée et les meilleurs avis pour les restaurations futures. Mais nous, les propriétaires et héritiers légitimes des chefs-d’œuvre assassinés, quels vont être demain notre devoir et notre tâche ? Quand les dernières hordes auront disparu, quand nous reviendrons dans nos villages, — ou sur l’emplacement de nos villages, — rasés, quand nous rentrerons, dans nos villes violées et leurs sanctuaires éventrés, nous ne pourrons nous borner à nous asseoir en pleurant sur des ruines. La plus belle partie de notre terre, la plus aimée parce qu’elle a été le plus souvent martyrisée par le même ennemi, — celle où, dans un accord providentiel de la nature, de la race et de l’histoire, se formèrent la douce France et son art national, où se conservait, dans le cadre harmonieux et fraternel des paysages inspirateurs de nos plus grands peintres modernes, le trésor de l’architecture chrétienne, attestent nos droits d’ainesse dans le grand œuvre de la civilisation, — n’est plus qu’un vaste cimetière où nos morts bien-aimés reposent à côté des églises, des fermes, des