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Page:Revue des Deux Mondes - 1917 - tome 42.djvu/373

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gallicanes l’ont été, en fait, par un théologien de toute autre nature, le premier consul Napoléon Bonaparte. »

La période concordataire, ouverte par l’immense sacrifice que demandait Pie VII aux évêques de France, et qu’il obtint, s’est terminée, il y a onze ans, par l’immense sacrifice que demanda Pie X à tout le clergé de France, et qu’il obtint : par obéissance au centre de l’unité, le clergé de la République, en présence du veto papal qui prohibait les cultuelles, fut aussi docile à s’appauvrir, que l’épiscopat du Consulat, par obéissance, avait été docile à démissionner. Au cours des longs siècles d’histoire où nos rois, lors même qu’ils chicanaient Rome, voulaient demeurer et demeuraient ses fils, le sens catholique de la France se développa, s’affina : les rapports entre Rome et le catholicisme français, jusque dans la période contemporaine, ont bénéficié de cette éducation séculaire, délibérément hostile à toute idée de schisme. La préoccupation de l’unité de l’Eglise, l’effort sincère pour la maintenir et pour s’y maintenir, fut l’un des traits caractéristiques de la « royauté très chrétienne : » l’active signification qu’attachait la lignée de nos rois à leur titre de rois très chrétiens, et les conséquences qu’ils en tiraient, ne furent pas moins efficaces, pour l’intérêt général de l’Eglise et pour la formation de l’âme française, que leur action militaire et diplomatique au service de la Croix.


L’État français n’a jamais résumé toute la France ; et lorsqu’on a marqué ce qu’il fit pour l’Eglise, on n’a pas dit encore, sur la France elle-même, tout ce qui mérite d’être dit. Tantôt sous les auspices de l’Etat, et tantôt à l’écart, une personnalité religieuse qui s’appelait l’âme française épanouissait, devant Dieu et devant le monde, des initiatives de pensée qui servaient la doctrine, des initiatives d’apostolat qui la propageaient, des initiatives de beauté qui projetaient vers le ciel l’élan de la prière, des initiatives de piété qui dans l’Église multipliaient la vie : un prochain article les exposera.


GEORGES GOYAU.