Ouvrir le menu principal

Page:Revue des Deux Mondes - 1917 - tome 42.djvu/372

Le texte de cette page a été corrigé et est conforme au fac-similé.


tout authentiquement française que soit cette Réforme, demeure attachée à l’unité, et elle se fait Ligueuse pour que le trône, aussi, y soit inviolablement attaché. La France du XVIIe siècle, où le gallicanisme participe du prestige de Louis XIV, formule cette doctrine en un sermon que Bossuet intitule Sermon sur l’unité de l’Église, et dont une moitié au moins est un hymne en l’honneur de Rome : les Quatre Articles sont aujourd’hui périmés, et l’hymne subsiste. Et par-dessus tous les débats théologiques ou toutes les chicanes parlementaires, le fait capital, c’est qu’on ne veut pas se détacher du centre romain : le Roi ne le veut pas, le peuple non plus ; la France est dans l’Eglise, elle est de l’Église. L’unité est un besoin, le sens de l’unité est un instinct : Rome le sait, et c’est pourquoi ses mélancolies au sujet de la France, lorsqu’elle en éprouve, sont toujours prêtes à s’apaiser, et à pardonner.

Tout d’un coup, à la fin du XVIIIe siècle, quelques années s’entassent l’une sur l’autre, aussi remplies que des siècles : Rome apprend que le trône chancelle, que le gallicanisme devient carrément schismatique, que les prêtres sont massacrés, exilés, que le Fils de saint Louis monte au ciel par l’échafaud. Rome à travers l’histoire a toujours su, — elle le sait encore, — qu’il y a dans la France, même révoltée, des réserves de fidélité et d’irrésistibles impulsions à l’obéissance finale. Rome attend : elle n’a même point à attendre dix ans, pour constater qu’entre elle et la France, les liens sont renoués et que le gallicanisme, cette fois, est frappé d’un coup mortel.

Un fils de la Révolution, Bonaparte, a signé un concordat en vertu duquel le Saint-Siège, disposant souverainement des mitres, rompant souverainement le lien des évêques avec leurs Eglises, va demander aux anciens évêques de France leur démission ; et l’on ne peut concevoir une négation plus décisive de la doctrine gallicane, un exercice plus éclatant de la primauté suprême du Pape. Beaucoup de ces prélats étaient teintés de gallicanisme ; ils auraient pu faire usage des maximes gallicanes pour garder leur mitre sur leur tête ; on les voit pourtant la sacrifier, toujours pour l’unité. Et Montalembert pourra dire plus tard, en une lumineuse formule : « Détruites en théorie par les écrits de deux grands écrivains, le comte de Maistre et M. de Lamennais avant sa chute, les doctrines