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Page:Revue des Deux Mondes - 1917 - tome 42.djvu/370

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unique de noblesse chrétienne, — très chrétienne, — par lequel le roi se sentait distinct des souverains ses pairs, lui rappelaient sans cesse certains devoirs, et tout spécialement le devoir d’être orthodoxe. C’était nécessaire, puisqu’il était le roi très chrétien. La nécessité fut comprise, et ce fut grand profit pour la foi, grande sécurité pour le Pape. Bossuet, prononçant l’oraison funèbre d’Henriette de France, glorifiait notre nation comme « la seule de l’univers qui depuis douze siècles presque accomplis que ses rois ont embrassé le christianisme, n’eût jamais vu sur le trône que des princes enfans de l’Eglise. »

Gallicans souvent, c’est vrai ; mais toujours soucieux d’être orthodoxes dans leur gallicanisme même.

Confrontez deux grands outrages faits à la Papauté : l’attentat d’Anagni en 1302 et le sac de Rome en 1525 : le premier, dont le roi de France est responsable, est un geste de colère, provenant d’un désaccord ; le second, par lequel le luthéranisme germanique inaugure son vandalisme, est une rage de destruction, provenant d’une négation. Il y a un souci de l’unité, encore, dans la misérable prétention qu’émet Nogaret de traîner Boniface VIII devant un concile général ; ce souci, la France, même gallicane, ne le perdra jamais. Quarante ans après Anagni, l’empereur Louis de Bavière entre en lutte avec le Pape ; et dans sa stalle du dôme de Mayence, le dévoué chanoine Conrad de Megenberg, naturaliste et chroniqueur, médite un petit écrit qu’il intitule : Lamentations de l’Église au sujet de la Germanie. La Germanie, en un endroit de l’opuscule, menace Rome de se détacher d’elle, comme s’est détachée la Grèce.

La scission ; les von Rom ! Voilà la menace germanique, qu’au XVIe siècle Luther réalisera, et qui s’ébauche encore au XXe, sur des lèvres allemandes, pour essayer d’intimider le Vatican. L’Allemagne du XIVe siècle parle déjà de schisme ; la France, au contraire, en installant la Papauté dans Avignon, concerte un moyen, fort médiocre d’ailleurs, d’écarter les malentendus entre le Pape et le Roi. Le séjour d’Avignon doit, entre ces deux puissances, créer un lien. Le lien risquera, parfois, d’être une chaîne pour le Pape, ou tout au moins de le paraître, — ce qui sera déjà trop ; — mais le Pape, dans Avignon, demeurera du moins plus libre et plus respecté, qu’il ne l’avait été dans Rome même, quelques siècles plus tôt, sous la botte des empereurs germains.