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Page:Revue des Deux Mondes - 1917 - tome 42.djvu/349

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se pouvait, de tout voisinage terrestre. Voilà son vouloir, et voilà le vouloir des consciences chrétiennes. C’est apparemment un paradoxe qu’un tel vouloir ; car on ne peut être, à la fois, sur terre et au-dessus de la terre. Mais dans ce paradoxe même, il y a une idée-force, avec laquelle les réalités politiques devaient entrer en compromis : l’établissement territorial que constitua Pépin fut un essai de compromis, dont la longue durée mérite l’hommage de l’histoire.

Le don de Pépin au Saint-Siège n’est plus qu’un souvenir ; le don du Saint-Siège à Pépin subsiste. Le pape Paul, en 757, avait, à la demande de Pépin, dédié dans Saint-Pierre un sanctuaire à sainte Pétronille, réputée fille de l’Apôtre : la France, dans cette chapelle, se considérait comme chez elle. « Rome mérite qu’on l’aime, écrira plus tard Montaigne, confédérée de si longtemps et par tant de titres à notre couronne. » La chapelle de sainte Pétronille attestait cette « confédération. » La France avait là des droits que, de temps à autre, nos diplomates exhumaient : une dépêche du cardinal d’Ossat, une dépêche de Chateaubriand, faisaient valoir notre patronat sur ce petit sanctuaire. Le pouvoir temporel avait depuis dix-neuf ans disparu, lorsqu’en 1889 le cardinal Langénieux et les pèlerins de la France ouvrière, l’ambassadeur Lefebvre de Béhaine et le pape Léon XIII, se trouvèrent d’accord pour restaurer en tout son éclat l’antique fondation. L’offrande d’un nouveau reliquaire revivifia les souvenirs ; et sur le reliquaire cette inscription s’alignait : « Garde sous ton patronage, ô Pétronille, le pacte d’alliance aujourd’hui ressuscité que conclurent jadis, sous tes auspices, la mère Église et la Franco sa fille ainée, 757-1889. » De telles alliances de dates n’étaient pas pour effrayer Léon XIII : il remplissait encore les fonctions de pontife, en jetant à travers l’histoire, d’un geste imprévu, certaines arches de pont.


IV

De Maistre écrit en son livre Du Pape : « Les Français eurent l’honneur unique, et dont ils n’ont pas été à beaucoup près assez orgueilleux, celui d’avoir constitué (humainement) l’Église catholique dans le monde, en élevant son auguste chef au rang indispensablement dû à ses fonctions divines. Quelque unique que fût cet honneur, un autre, plus insigne encore,