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Page:Revue des Deux Mondes - 1917 - tome 42.djvu/340

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statistique serait saisissante, sans le moindre relâchement dans la croisière en Manche occidentale.

Quant à nos sous-marins, ils furent d’abord employés comme nous l’avons expliqué d’autre part. A la fin de septembre, la raréfaction des croiseurs allemands ayant permis d’alléger la surveillance sur les lignes du Cotentin, l’amirauté britannique nous demanda de participer à certaines expéditions de submersibles dans la mer du Nord, sur lesquelles je m’abstiendrai de fournir le moindre détail, parce qu’elles pourraient se renouveler. Un des nôtres prit part entre autres à un raid contre Héligoland, et rentra avarié à Cherbourg (décembre 1914). Nos sous-marins n’avaient décidément pas d’assez bons moteurs pour entreprendre d’aussi longs parcours. Comme nos torpilleurs, ils eurent vite besoin de réparations importantes, dues aux économies réalisées sur leur entretien pendant la paix. Des retubages de chaudières et des réfections de tous genres s’imposèrent assez vite, et on eut grand’peine a les réaliser en combinant les ressources des quatre premiers arrondissemens maritimes. Oh ! les misères que ces petits bâtimens endurèrent pendant l’hiver 1914-1915, et la rage de leurs officiers et équipages de ne pas être mieux outillés pour combattre !…


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Tel est le rôle de la Deuxième escadre légère, depuis le début des hostilités jusqu’au jour où la destruction des dernières unités de surface que l’ennemi eût encore à la mer, et l’apparition de ses sous-marins, vinrent rendre le maintien de grands bâtimens de guerre au large aussi inutile que dangereux. Les croiseurs de l’amiral Weymiss étaient déjà rentrés au port depuis plusieurs semaines, lorsqu’on se décida à rappeler les nôtres. Durant leur morne et rude faction de plus de huit mois, ils n’avaient pas parcouru moins de 40 000 milles marins, presque deux fois le tour du monde. Mais la garde fut si bien montée par eux et par nos flottilles que, malgré l’appât représenté par le prodigieux mouvement de transit que la guerre a développé entre la France et l’Angleterre, les Allemands n’ont jamais osé pénétrer en Manche, exception faite pour quelques courtes et très rares incursions de submersibles. Nos officiers et équipages ont d’ailleurs assez amèrement regretté de ne pas avoir été aussi favorisés que les Anglais