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Page:Revue des Deux Mondes - 1917 - tome 42.djvu/319

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déplorable aveuglement à l’égard d’une Allemagne ne guettant que l’occasion de se jeter sur ses voisins.

S’il eût existé un instrument diplomatique quelconque liant nos deux pays, comme le traité franco-russe ou celui qui garantissait la neutralité de la Belgique, le roi George V n’aurait pas été réduit à répondre à la belle et pathétique lettre où, le 30 juillet, M. Poincaré le faisait en quelque sorte l’arbitre entre nous et l’Allemagne, par la très peu compromettante affirmation que « son gouvernement continuerait à discuter franchement et librement avec M. Cambon tous les points de nature à intéresser les deux gouvernemens. » Réserve due au fait qu’en l’absence d’un acte formel, le gouvernement britannique ne pouvait aller de l’avant qu’avec l’approbation du Parlement, reflet de l’opinion publique. Or, celle-ci était tellement peu favorable à une intervention militaire que, le 1er août, on lisait dans le Daily News, organe des radicaux, que « l’entrée de l’Angleterre dans un semblable conflit serait un véritable crime. »

Il fallut le refus de l’Allemagne de s’engager à respecter la neutralité belge pour provoquer un revirement, — mais un revirement complet, — chez la noble nation anglaise, gardienne de la foi jurée. A l’issue du conseil tenu le matin du 2 août, sir Edward Grey peut déjà donner à notre ambassadeur l’assurance que : « Si les Allemands pénètrent dans la Manche ou traversent la mer du Nord, afin d’entreprendre des opérations de guerre contre la marine marchande ou le littoral français, la flatte britannique prêtera toute l’assistance en son pouvoir. Cette assurance, — ajoute-t-il néanmoins, — est fournie sous réserve que la politique du gouvernement de Sa Majesté sera approuvée par le Parlement, et ne doit pas être considérée comme obligeant le gouvernement de Sa Majesté à agir tant que l’éventualité d’une action de guerre de la flotte allemande ne se sera point produite. »

Or, la Chambre des Communes ne se prononcera que dans la soirée du 3, lorsque sera remis à Bruxelles l’ultimatum exigeant libre passage pour les troupes allemandes sur le territoire belge. Sir Edward Grey vint alors déclarer que l’Angleterre, saisie d’une protestation du roi Albert, affirmait sa volonté de maintenir la neutralité de la Belgique, et que la marine britannique garantirait les côtes de France contre toute incursion de la flotte allemande. A quoi le Parlement répondit en votant un