Ouvrir le menu principal

Page:Revue des Deux Mondes - 1917 - tome 42.djvu/284

Le texte de cette page a été corrigé et est conforme au fac-similé.


en or mat et la tige et les feuilles en laine. La broderie ne peut avoir que quatre pouces de largeur. Voilà, ma chère Constance, en quoi consiste le costume adopté. Tu me vois déjà écrasée sous le poids de vingt-deux aunes d’étoffe sans compter la broderie. Tu dois juger de la figure que je ferai avec cela, mais au reste il y en aura d’aussi embarrassées que moi. »

Le 15 vendémiaire (7 octobre), Mme Saint-Cyr, qui prend la belle résolution de numéroter désormais ses lettres et qui malheureusement ne la tient pas, écrit à sa bien-aimée Constance : « L’Impératrice est de retour depuis hier au soir, c’est ce qui me fait aller à Paris ce soir pour me présenter à Saint-Cloud demain au matin, et, ne l’ayant pas vue à mon arrivée d’Italie, je suis bien aise de me montrer des premières. Le soir, nous irons à Neuilly et je te rendrai compte de tout ce que j’aurai vu [1]. Quant au luxe dont tu me parles, c’est toujours tel que tu l’avais vu. Nos costumes de cour par exemple nous reviendront fort cher. Je t’en ai donné des détails par ma dernière et, tout fait, il reviendra au moins à deux mille francs. Je ne suis pas étonnée du calcul du maréchal Jourdan et je trouve qu’il a tout mis au plus bas, mais on n’est pas maréchal d’Empire pour rien. »

Evidemment, Mme Saint-Cyr prend difficilement son parti de la sujétion où elle est réduite ; sa fille a remarqué dans ses lettres quelque tristesse. « Cela vient souvent de la situation où je me trouve, répond-elle ; par exemple, de Neuilly ou peu de temps après en être partie, tu me trouveras un style gêné parce que je suis si contrainte et si gênée que cela prend sur mon humeur et sur ma santé. »


* * *

Elle n’est d’ailleurs pas plus avancée, et rien n’est fait pour les nominations. Elle écrit le 20 (12 octobre) : « Je fus au cercle

  1. Voici comme étaient libellées, à la main, les invitations à diner, pour Neuilly :
    S. A. I. MADAME LA PRINCESSE CAROLINE

    et Monsieur le maréchal de l’Empire Murat,
    prient M….. de venir dîner lundi,
    16 vendémiaire, à 5 h. 1/2, à leur maison de campagne

    de Neuilly.

    R. S. V. P.
    Paris, le 13 vendémiaire.