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Page:Revue des Deux Mondes - 1917 - tome 42.djvu/256

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l’ambition germanique, dès que le Saint-Empire appartint aux princes allemands. Leur longue querelle contre les Souverains Pontifes fut pour émanciper la force de toute dépendance envers le droit, et ils restaurèrent ainsi l’ordre païen où chaque peuple n’avait pour juge de ses cupidités que lui seul. Dès que la féodalité, bâtie sur le morcellement de la terre, ne s’élevait plus au-dessus d’elle-même, pour trouver dans une tâche morale la paix et l’unité, elle devait choir et se dissoudre dans les disputes du sol, et déchaîner la bête pillarde, lubrique et homicide, que la guerre réveille si vite dans le combattant. La discorde ne ravage pas seulement les territoires, elle commence à envahir et changer les intelligences, quand l’antiquité, ressuscitant de son tombeau avec des monumens d’une sagesse et d’une beauté antérieures au christianisme, révéla aux philosophes, aux légistes, aux politiques, aux poètes, aux artistes, aux historiens, comme une puissance indépendante de l’autorité divine, la raison humaine. Dès lors, cette raison devenait la rivale immanente du pouvoir religieux, dût-elle, en fait, se dissimuler quelque temps, par un respect d’habitude, la logique du conflit. Les doctrines de l’Eglise blessaient, outre les princes, beaucoup d’hommes, les hommes de la pensée et les hommes de la chair. Aux uns elle imposait l’humiliation du mystère, c’est-à-dire d’un pouvoir qui subordonnait la raison sans se justifier devant elle ; aux autres elle imposait la contrainte de la pénitence, c’est-à-dire d’une discipline qui contredisait le constant attrait de notre nature vers le plaisir. La Renaissance fut dans toute l’Europe un affaiblissement du catholicisme.

Il gardait pour patrons les chefs mêmes de la France, tant que durèrent les Capétiens, héréditairement respectueux des ordres donnés par l’Eglise à la conscience, tout occupés d’étendre cet ordre à l’Etat et, par leur Etat, à la « république chrétienne, » propagateurs infatigables d’une vie commune, habiles à accomplir de grandes besognes avec de petites gens, amis de la simplicité dans les habitudes, préservés des corruptions par les vertus du travail, passionnés à faire motte à motte leur royaume comme un paysan son domaine, attentifs à la fécondité de leur peuple comme le laboureur à la moisson de sa terre, et constamment prodigues de cette force française à des causes plus vastes que la France. Mais ils s’éteignirent et