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Page:Revue des Deux Mondes - 1917 - tome 42.djvu/253

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France un peu plus de vingt-sept ans pour les hommes et de vingt-trois ans pour les femmes. Ce n’est pas assez pour que le couple français apporte à son œuvre familiale les prémices de la plus productive saison, mais c’est assez pour qu’il ait encore le temps de fructifier.

Si notre race n’est inférieure à aucune pour les dons de nature, si sa vigueur n’a pas disparu dans un épuisement héréditaire, si ses mariages sont demeurés fréquens, leur stérilité ne tient pas à ce que les époux ne peuvent pas avoir des enfans. Elle tient donc à ce qu’ils ne veulent pas en avoir. Il y a longtemps qu’Auguste Comte a dit : « La maladie de la société est regardée comme physique, tandis qu’elle est morale. » C’est le refus des époux qui fait obstacle au vœu de la nature. C’est l’avarice de l’homme qui rend vaine la libéralité de la race.


II

Quand cette avarice a-t-elle commencé ? Pourquoi s’est-elle accrue ?

Dès l’origine, la famille française atteignit l’apogée de sa vigueur. Jusqu’à la fin du moyen âge, sans intermittence ni effort, notre vie coula comme de source ; et c’est la plus haute des sources, en effet, qui entretenait cette abondance. Notre ancienne société ne se fiait guère aux incertitudes et aux inconstances de la raison humaine, elle avait besoin de rattacher tout ce qui est essentiel à la volonté d’un pouvoir surhumain. Une foi alors universelle considère comme de prescription et de sagesse divines que le mariage soit une communauté indissoluble entre un seul homme et une seule femme, qu’il ait pour but principal la perpétuité de l’espèce, et que les époux doivent à l’abondance de leur famille toute leur énergie créatrice, sans s’inquiéter des charges : car l’enfantement s’impose à eux comme le devoir immédiat, les suites de ce devoir appartiennent à l’avenir, qui appartient à la Providence, et elle a promis son aide à ceux qui lui obéissent. Pour justifier ses commandemens, la Providence révélait à ses créatures leur destinée. L’homme n’est pas un solitaire fait pour se suffire, mais un compagnon fait pour vivre parmi des êtres ses semblables, et avec lesquels il forme une société. Cette société est aussi un être vivant et qui dure par la