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Page:Revue des Deux Mondes - 1917 - tome 42.djvu/248

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place, et la marque de leur santé est précisément que le croit total de la race compense encore, et au-delà, le déclin de la fécondité dans chaque foyer. Dans toutes, si paresseusement qu’elles retardent sur leur ancienne ardeur d’enfanter, la population augmente. Leur force vive est le nombre annuel des naissances, déduction faite des décès, et voici les chiffres. La Russie s’accroît par an d’à peu près 4 500 000 et perd 2 700 000 ; l’Allemagne gagne 2 000 000 et perd 1 100 000 ; l’Autriche gagne 1 700 000 et perd 1 100 000 ; l’Angleterre gagne 900 000 et perd 450 000 ; l’Italie gagne 1 000 000, et perd 650 000 ; la France gagne 750 000 mais perd presque autant, parfois un peu plus. L’excès des naissances sur les décès ajoute chaque année plus d’un million d’hommes à la Russie, plus de 900 000 à l’Allemagne, plus de 500 000 à l’Autriche, plus de 400 000 a l’Angleterre, 350 000 à l’Italie. Nos excédens étaient de 30 000, de 20 000 avant qu’ils disparussent. Si nous ne sommes pas tombés plus bas, c’est que chez nous l’on meurt peu. Longtemps les médecins, comme s’ils désespéraient des naissances, ont concentré leurs efforts sur la durée de la vie, et dans la masse des Français la proportion des vieillards augmente. Pour les autres peuples, se conserver, c’est poursuivre d’une allure plus lente la route par laquelle on s’élève. Nous seuls, après une halte devenue pour nous le sommet, avons rebroussé chemin pour redescendre. Chaque mouvement d’eux et de nous augmente la différence de nos altitudes et de nos destinées : ils continuent à monter vers la vie, nous enfonçons dans les avenues de la mort.

La mort elle-même a ses résignés. Ils ne s’étonnent pas qu’après un si long et si grand passé la France soit au bout de son avenir ; ils ne se sentent pas coupables que sa vieillesse n’enfante plus. Ils se soumettent à leur sort comme à la nécessité invincible. Mais prétendre que, pour les peuples comme pour les hommes, la vieillesse soit le commencement fatal de la fin est un sophisme encore. Oui, les jours de chaque homme sont comptés, de quelque manière qu’il les emploie, et, s’il les abrège quelquefois par sa faute, ses vertus ne prolongent pas les délais de son passage sur la terre. Mais autres sont les lois qui mesurent le temps aux nations. La mort n’est pas naturelle aux sociétés comme elle l’est aux hommes qui les composent. Aucun terme n’est fixé d’avance à la vie des races, et rien n’est