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Page:Revue des Deux Mondes - 1917 - tome 42.djvu/245

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La flamme qui ne doit pas s’éteindre


I. LA RACE DE FRANCE


La société a des intérêts communs, et chaque homme ses intérêts particuliers. Faire aux uns et aux autres leur juste place est difficile, parce qu’ils n’inspirent pas une sollicitude égale à l’homme, leur arbitre. Pour s’attacher à son propre avantage, même minuscule et éphémère, il suffit d’être égoïste, et qui ne l’est pas ? Pour embrasser l’avantage public et permanent de la société, il faut sortir de soi, et combien en sont capables ? L’intérêt général ne touche que les plus désintéressés et les plus perspicaces, c’est-à-dire les plus rares des hommes ; l’intérêt individuel passionne la foule à qui manquent l’impartialité et la prévoyance.

Comme l’utilité générale ne peut être servie que par la collaboration des particuliers, et qu’ils ne la peuvent servir sinon par certains renoncemens à leur autonomie, l’homme, prévenu contre ces sacrifices, est tenté de croire ennemis l’intérêt public et l’intérêt individuel, et, se préférant, de refuser tout sacrifice à la cause sociale. Or, plus celle-ci est méconnue, plus s’appauvrissent les forces protectrices de l’ordre nécessaire à tous, et, quand la société reste sans défense, les intérêts généraux entraînent dans leur ruine les intérêts particuliers.