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Page:Revue des Deux Mondes - 1917 - tome 42.djvu/230

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consultait. Une fois, si fort que fût son entrain, — les plus vaillans ont de ces langueurs, — il crut qu’il n’était pas sûr de ce que réclamait de lui le service divin : Dieu attendait-il que son serviteur François parcourût le monde en prêchant son amour et sa loi ; ou bien se contenterait-il que son serviteur François, en un lieu solitaire, lui offrît ses prières épanouies ? La question, posée ainsi, trahit quelque lassitude et le désir de ne plus bouger. Saint François douta un instant de son œuvre et de lui. Il envoya frère Masseo demander à Madame Claire son avis et, d’un mot, « le bon plaisir de Dieu. » Le bon plaisir de Dieu était que saint François recommençât de prêcher par le monde, afin de sauver des âmes : sainte Claire le dit à frère Masseo, qui le dit à saint François, qui partit sauver des âmes. Mais enfin, le plus généralement, c’est de saint François que vient toute l’initiative. L’histoire de sainte Claire est à l’histoire de saint François comme la lune est au soleil. La lumière est donnée par saint François à sainte Claire ; néanmoins, il y a ainsi une seconde lumière, plus petite, plus douce encore, pénétrante et qui éclaire d’autres parties de la réalité mystérieuse.

Les deux légendes voisinent. Certains miracles de sainte Claire ont de la ressemblance avec certains miracles de saint François. L’un et l’autre ont de singulières intelligences avec le ciel et avec toute la création. L’un et l’autre parlent aux animaux ; et les animaux les comprennent, leur sont dévoués et attentifs. Une petite chatte écoute sainte Claire et lui obéit comme à saint François ses frères les oiseaux. Comme saint François mit à la raison le loup d’Agobbio, sainte Claire très souvent fit honte à des loups qui avaient d’abominables projets et les rendit plus innocens que des agneaux. Et, quand Madame sainte Claire envoyait d’aventure une tourière hors du couvent, elle lui commandait de louer le Seigneur à chaque fois qu’il y aurait au bord de la route des arbres fleuris. C’est un commandement digne de saint François. Elle avait pour saint François une amitié sainte et permise ; une amitié naturelle aussi et fervente avec grâce. Pendant longtemps, elle fut tourmentée de ce désir : elle voulait prendre l’un de ses repas en compagnie du saint, qui refusait, et sans doute afin de se priver d’un égal plaisir, et qui ne céda que sur le reproche qu’on lui adressa d’être excessivement sévère. Quand saint François reçut les stigmates, il ne le dit à personne ; mais il en fit la confidence très secrète à sainte Claire : elle s’occupa de lui coudre des chaussures commodes à ses pieds blessés. Et, quand il fut à la veille de mourir, sainte Claire et ses filles se désolèrent à l’idée