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Page:Revue des Deux Mondes - 1917 - tome 42.djvu/213

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militaires entonnaient les hymnes nationaux. Le lendemain, déjà, beaucoup des Néo-Zélandais partis joyeux, la veille, dormaient leur dernier sommeil entre les buissons épineux de Gaba Tepe.


* * *

Ce fut une lamentable aventure que nous ne redirons pas ici. On sait que deux débarquemens avaient été prévus dans la péninsule de Gallipoli : l’un, à son extrême pointe, au cap Hellès ; l’autre, plus au Nord, à Gaba Tepe, et c’est là que, le 25 avril, les Anzacs commencèrent d’écrire leur prestigieuse histoire.

Sur plusieurs points de la presqu’île fatale, les collines abruptes de l’intérieur descendent à la mer en pente douce. Ailleurs, des plages spacieuses pouvaient faciliter un débarquement. Ailleurs encore, l’absence de forces turques eût permis de rapides succès. Enfin, il se trouvait des endroits inabordables, faits d’à-pics plongeant dans les eaux. Expliquera-t-on jamais pourquoi sir Jan Hamilton fit descendre les troupes du Pacifique au point géographiquement et militairement le plus difficile de toute la péninsule ? Un mystère pèse sur cette détermination qui allait coûter tant de vies humaines !

Imaginez, surgissant de la mer, face au spectateur, et montant vers la droite, une côte étroite et abrupte, couronnée d’une crête qui serpente, ensuite, vers la gauche entre des broussailles noires et basses. Puis, montant toujours, cette crête finit par rejoindre le sommet dont le profil se continue parallèle à la mer. Là-haut, dans les tranchées, canons et mitrailleuses guettent la folle équipée où l’on mène les Anzacs. Les cuirassés de l’amiral Thursby vomissent flammes et mitraille. A l’entour, jaillissent des gerbes d’eau que soulèvent les obus turcs tirés de la hauteur. Cependant, les Anzacs se jettent à l’eau, abandonnant au rivage chaloupes, pontons, barques, chalands et remorqueurs dont le grouillement couvre la mer au pied de la falaise. A terre, quelques mètres de sable séparent à peine l’eau des talus épineux. Et c’est là que se pressent hommes, canons, chevaux affolés et qui se cabrent, approvisionnemens, postes de secours, — toute une armée !

D’en haut, les Turcs ajustent leur tir. En bas, à mi-côte, grimpant toujours et quand même, les splendides Anzacs. Sur