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Page:Revue des Deux Mondes - 1917 - tome 42.djvu/206

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21 nœuds et portant quatre 305, s’apprêtait à protéger le convoi contre le Gneisenau allemand et ses deux 110. Soudain, des coups de sifflet percèrent la nuit. Les grands corps silencieux et immobiles se mirent à creuser l’eau de leurs doubles hélices. L’un après l’autre, ils lâchèrent leurs amarres… Quand, le lendemain, la population s’éveilla, le port de Wellington était vide : elle ne vit plus les larges vaisseaux gris qui avaient emporté son premier tribut à cette interminable guerre.

Après cinq jours de navigation, le convoi vint toucher le port d’Hobart et ce fut un spectacle grandiose que celui de ces vaisseaux battant pavillon de guerre qui se détachaient sur le lointain mont Wellington coiffé de neige resplendissante. Quittant la capitale tasmanienne, les Néo-Zélandais laissèrent le golfe des Tempêtes qui se confond, au loin, avec la mer australe et vinrent, au large d’Albany [1], faire leur jonction avec les autres escadres qui, désormais, devaient accompagner, à la fois, les troupes australiennes et néo-zélandaises.

Dès lors, formé de trente-deux navires, le convoi déroula sa théorie mouvante empanachée de noir sous la garde d’une escadre où se mêlaient les pavillons d’Angleterre et du Japon. Les jours et les nuits passèrent, réservant au commandant des heures d’angoisse. C’est qu’il savait que des croiseurs ennemis rôdaient sur ces mers ; il savait surtout que se trouvait quelque part, embusqué, l’Emden, le fameux corsaire qui rendait ces parages terriblement dangereux.

Les craintes de l’amiral parurent bientôt justifiées. Les navires marchaient vers Colombo, lorsque, en plein océan Indien, au large de Sumatra, soudain, les hommes qui Marnaient sur les ponts virent le croiseur australien Sidney quitter l’allure pacifique pour le branle-bas de combat. Aussitôt, il s’éloigna à toute vapeur vers un petit archipel connu sous le nom d’iles Coco ou Keeling. C’était à 3 800 kilomètres de toute terre importante. Quelques rares habitans vivent sur cette terre perdue aux plages frangées d’argent que surplombe la verdure d’une ceinture de cocotiers. Un radiotélégramme venait de signaler aux gardiens du convoi la présence de l’Emden, et c’était à la poursuite du corsaire que partait le croiseur australien.

  1. Albany est le port principal de l’Australie sud occidentale. C’est une escale entre Melbourne et la West-Australia.