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Page:Revue des Deux Mondes - 1917 - tome 42.djvu/198

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balles et sous les bombes, délivrer les avions en panne, leur rendre la volée et leur rouvrir l’espace !

Aucune lecture ne va au cœur comme ces lettres de héros pieusement recueillies par les leurs, ou ces récits de leur vie et de leur mort par un père, un frère ou un ami, où l’âme des disparus semble s’être enfermée pour y parler encore à ceux qui restent. Saintes et précieuses plaquettes de famille comme La Mort du Chef ou les Lettres de Jacques et d’Augustin Cochin, et l’une des plus émouvantes est celle qui porte à la fois pour titre et pour dédicace : A mon cher petit-fils Henri de Maistre, tombé glorieusement pour la France à l’assaut de Souchez, le 25 septembre 1915. Père A. du Bourg. Le vieillard, dont la main bénissante a tracé ces lignes si tendrement paternelles, est le vénérable Dom du Bourg, supérieur des Bénédictins de Paris, ancien officier retiré dans les Ordres, et grand-père des trois fils du comte Ignace de Maistre. Le premier, Joseph, est blessé, et le second, Henri, celui qui doit mourir, envie gaîment à son « grand, » dans une vaillante et charmante lettre à leur mère, la gloire d’avoir reçu « le baiser de l’obus, » mais l’aura bientôt reçu lui-même, et c’est alors que l’aïeul lui dédiera les quelques pages de larmes et de fierté, qu’il signe comme en tremblant : Ton bon papa. Le noble petit héros n’avait pas vingt ans, mais un vengeur se lève déjà pour lui dans son jeune frère François, qui n’en a pas dix-huit, et s’engage dans le régiment où vient de tomber son aîné !

Du Bourg, de Laubier, Dartige du Fournet, Plan de Sieyès de Veynes, tous ces noms, dans ce glorieux tableau familial, doivent encore se ranger autour de celui de Maistre. Deux fois blessé, à Bagatelle et à Verdun, Michel du Bourg, neveu de Dom du Bourg, et de Maistre par sa mère, quitte la cavalerie pour les chasseurs à pied, pendant que son frère Charles fait d’abord campagne au Maroc, où il est de tous les raids, pour s’engager ensuite dans l’aviation où il va se broyer une jambe dans une chute de deux mille mètres. Leur mère, pendant ce temps-là, Mme du Bourg, gagne elle-même la médaille d’infirmière sous les bombes à Bar-le-Duc, et leur cousin Gabriel entraîne ses dragons partout ! Neveux du Père Dominique de Maistre, les deux frères de Laubier et leur cousin Dartige du Fournet ont l’enthousiasme du péril. Six officiers se présentent à leur colonel comme volontaires pour l’aviation, et Léon de