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Page:Revue des Deux Mondes - 1917 - tome 42.djvu/197

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à ses hommes, leur recommandait le silence, et recevait une balle, mais ne bronchait pas, quand un de ses soldats en recevait une à son tour, et ne pouvait s’empêcher de gémir.

— Chut ! lui murmurait de Maistre, tu vas nous faire découvrir… Tais-toi, ça ne fait pas de mal… Je viens d’en recevoir une, je le sais bien !…

Oncle et grand-oncle du comte Rodolphe et de ses enfans, le comte Eugène de Maistre a eu, parmi les siens, Pierre, Xavier, Maurice et Béatrix ; et, à cinquante-deux, ans, le Père Pierre de Maistre, professeur à l’Université de Beyrouth, part comme aumônier militaire, pendant que ses deux frères, les commandans Xavier et Maurice de Maistre rentrent en activité. Affreusement brûlé par les jets de liquides enflammés, le commandant Maurice de Maistre est fait prisonnier, jeté dans un camp de représailles, en subit toutes les horreurs, et son fils, pendant ce temps-là, s’engage à dix-huit ans, comme le font également ses trois cousins germains, les fils de Béatrix, sœur de son père et de ses oncles, les jeunes de la Chevasnerie, dont l’un sera tué, un autre gravement blessé, et le troisième deux fois trépané. Puis, ce sont les fils du comte François de Maistre, André, Joseph, Jean et François-Benoît. Déclaré inapte, André, malgré tous les obstacles, parvient à entrer dans les transports, et fait les campagnes les plus dures, la Belgique, Verdun, la Somme. Frappé du plus cruel des deuils par la mort de sa jeune femme, et père de cinq enfans, Joseph, lieutenant de dragons, et l’émule en hardiesse de l’autre Joseph de Maistre, ne passe pas, en trois mois, une seule journée sans livrer un combat ou faire une reconnaissance. Terrassé à la fin par un éclatement de marmite, laissé pour mort, sauvé par son ordonnance, nommé capitaine, trois fois proposé pour la Légion d’honneur, trop abîmé pour remonter en selle, il entre dans l’aviation, et se fait des ailes de ses infirmités. Blessé et prisonnier, le quatrième, François-Benoît, est emmené dans un camp d’Allemagne, et Jean, le troisième, réformé d’abord comme André, admis ensuite dans un bataillon de marche, puis blessé comme Joseph et François-Benoit, ne veut quand même pas rester inutile, et passe, lui aussi, dans les services aériens. Des ailes ! Des ailes ! Il voudrait pouvoir voler lui-même à l’ennemi, mais ne le pourra pas, aidera du moins à la lutte autant que le lui permettront ses forces, et deviendra dépanneur. Il ira, sous les