Ouvrir le menu principal

Page:Revue des Deux Mondes - 1917 - tome 42.djvu/195

Le texte de cette page a été corrigé et est conforme au fac-similé.


balle, et ses camarades, la bataille terminée, annoncent sa fin en ces termes :

— Ses dernières paroles ont été : « Je vais me porter en avant »… Son dernier geste a montré le ciel, où il est, et l’ennemi !

Le baron Yvan de Maistre, frère du général, a eu quatorze enfans, parmi lesquels quatre fils, Bernard, Jacques, Joseph et Pierre, et trois d’entre eux accomplissent exploits sur exploits. Parti pour prendre Javrecourt, le lieutenant Bernard de Maistre reçoit une première balle en traversant une zone battue par un feu terrible, n’en tient pas compte, porte le sac d’un de ses hommes plus grièvement blessé que lui, continue à entraîner sa troupe, entre dans le village à la baïonnette, y reçoit une seconde balle, refuse toujours de la prendre au sérieux, est nommé capitaine, et tombe, un an plus tard, en Lorraine, en ralliant sa compagnie, à la tête de laquelle il se bat jusqu’à sa dernière cartouche. « Il est mort face à l’ennemi, écrit un des officiers de son régiment, en héros, en Français, et le fusil à la main ! » Le capitaine Joseph de Maistre, quatre fois cité pour son « cran superbe, » et resté légendaire à la fois comme dragon et comme fantassin, accumule, à Verdun, témérités sur témérités. N’ayant plus avec lui, au Bois-Camard ; qu’une poignée d’hommes contre tout un gros d’Allemands, il se rue sur eux malgré leur nombre et, le revolver au poing, un gourdin dans l’autre main, les tue, les assomme, et les met en déroute. Puis, après Verdun, c’est Sailly-Saillisel, où il crie à ses soldats : « En avant, c’est pour la France ! » et tombe criblé de mitraille, à quelques pas de la tranchée ennemie. Servant dans les dragons au début de la guerre, et déjà de toutes les audaces, il avait, à ce moment, un émule dans un de ses cousins, dragon et lieutenant comme lui, de Maistre comme lui, et s’appelant comme lui Joseph. Egalement célèbres pour la fougue de leurs raids, et l’un et l’autre de la même brigade, tous les deux du même grade, de même nom, de même prénom, et de même héroïsme, ils étaient alors les deux Joseph de Maistre ! Héroïque aussi, le lieutenant Pierre de Maistre, chevalier de la Légion d’honneur, cité comme ses aînés à l’ordre de l’armée » et gravement blessé dans une attaque ! Héroïque, le jeune brigadier Baubiet, de Maistre par sa mère, neveu des trois précédens, et tué à dix-huit ans sur ses pièces ! Héroïque enfin, le