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Page:Revue des Deux Mondes - 1917 - tome 42.djvu/179

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tenter un coup audacieux sur un ouvrage boche. Cette action, très bien comprise et habilement menée par M. le capitaine Lacroix, mon chef d’unité, doit réussir, mais bien entendu il doit y avoir de la casse.

« Eh bien ! soyez absolument persuadés, mes chers parens, que c’est avec joie que je fais le sacrifice de ma vie, car je sais que c’est beaucoup pour la France et un petit peu pour vous que je tomberai : pour cette France que j’aime tant, pour vous qui partagez cet amour et à qui je dois tant !

« Je tiens, mes très chers parens, à vous remercier de tout mon cœur de tout ce que vous avez fait pour moi. Vous avez été des parens modèles, et je meurs en vous vénérant.

« Je n’ai rien de bien spécial à vous demander à cette dernière heure. Le peu de bricoles que j’ai sera pour vous des petits souvenirs, bien modestes du reste.

« Je dis adieu à ma gentille et très aimée petite Alice, qui a toujours été si bonne et mignonne avec son grand Georges. Je regrette de ne l’avoir pas fait danser plus souvent, mais j’espère que le Bon Dieu lui réserve de longs jours de bonheur !

« Je fais mes adieux à mon grand savant Paul, un homme qui comprendra mieux peut-être le calme absolu avec lequel je vous écris. Adieu, mes chers parens, adieu à toute la famille, adieu à tous mes amis !

« Je désire que rien de spécial ne soit fait pour mon corps, égal dans la mort comme tous mes compagnons tombés avec moi. Je vous défends de porter le deuil plus longtemps que la stricte nécessité pour les convenances.

« Je meurs pour Dieu, pour la France, pour tous les vivans !

« Votre fils très affectionné et reconnaissant,

« GEORGES CONDOM,

« sous-lieutenant au 8e dragons. »


Puis, il écrivait au lieutenant de Tauriac pour le charger de prévenir sa famille, le priait de remettre cette dernière lettre aux siens, lui demandait pardon de la peine qu’il lui donnait, et ajoutait : « Je vous aimais beaucoup, cher monsieur de Tauriac. Je sais que vous êtes un homme ayant un moral élevé, et c’est pourquoi je vous demande ce dernier service… Que personne ne me regrette, moi qui ne me regrette pas moi-même ! »