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Page:Revue des Deux Mondes - 1917 - tome 42.djvu/165

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Enger, de Cologne, l’écrit, en janvier 1867, à Napoléon III : « En suite des événemens de l’année passée, l’on saurait à peine douter que les provinces rhénanes n’aient rien à espérer de notre gouvernement actuel. » Pour toutes les contrées qui s’étendent au nord de l’Alsace-Lorraine, le long de notre frontière, c’est encore aux dépositions du général Ducrot qu’il faut se reporter si l’on veut être renseigné sur les aspirations populaires. Ce n’est pas seulement vers Rastadt, Carlsruhe, Darmstadt et la Forêt noire qu’il a dirigé son enquête ; il a fait aussi des voyages à Gemersheim, Landau, Mayence, Trêves. Son activité, qui l’a fait accuser d’espionnage par les Allemands, lui a tout au moins donné une connaissance très précise de l’état de l’opinion. S’il a recueilli des doléances provoquées par notre abstention de 1866, si même on lui a laissé entendre que notre attitude passive poussait en fin de compte les habitans à accepter le joug prussien, ceux-là mêmes qui lui ont adressé leurs plaintes n’ont pas manqué d’appeler notre intervention : l’arrivée des troupes françaises provoquerait immédiatement la volte-face des résignés.

Très significative est la profession de foi faite au général par un avocat mayençais qui parle au nom de tout le pays, en avril 1868. Cet avocat déclare qu’il est l’interprète de ses compatriotes, sujets de la Prusse, de la Hesse, ou de la Bavière. Tous pensent comme lui, médecins, notaires, négocians, gens éclairés des villes et des campagnes. Il ne fait que répéter ce qui se dit dans les cercles, dans les brasseries, sur les places publiques et dans les réunions intimes : « Si vous le désirez, je vous remettrai la liste de tous les notables du pays, de tous ceux qui, par leur caractère, leur position, leur fortune, jouissent de quelque influence ; vous pourrez les interroger, les faire interroger, et vous verrez qu’il n’y a qu’une manière de voir et de penser parmi nous. »

L’interlocuteur du général atteste les souvenirs toujours vivans de la domination française. C’est à la France que les Rhénans doivent leur émancipation matérielle et morale. C’est la Révolution qui les a organisés ; c’est l’Empire qui a développé leur commerce, qui leur a apporté le Code civil et les libertés du citoyen. A cet éloge de la France s’oppose l’affirmation que les Rhénans ne sont pas Allemands, qu’ils ne partagent nullement les sentimens germaniques, que les habitans de la rive gauche