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Page:Revue des Deux Mondes - 1917 - tome 42.djvu/159

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et encore sans munitions suffisantes. Napoléon persista d’abord dans sa décision, puis se montra un peu ébranlé, enfin leva la séance sans indiquer qu’il avait pris une résolution définitive. On ne fit rien. Tout se borna à la publication par le Moniteur, le 5 juillet, d’une note qui annonçait que l’Empereur avait demandé aux rois de Prusse et d’Italie une suspension d’armes. Les deux monarques accueillirent un peu fraîchement cette proposition de médiation, d’où pourtant sortirent plus tard les préliminaires de Nikolsbourg.

La guerre continua jusqu’au 22 juillet. Pendant toute cette période, le pays rhénan se trouva dépourvu de troupes, et Bismarck fut à la merci de la France. Notre ministre à Hanovre l’avait signalé le 29 juin. De Vienne, Gramont, notre ambassadeur, pressait notre gouvernement d’agir : « La Prusse est victorieuse, mais épuisée. Du Rhin à Berlin, il n’y a pas 15 000 hommes à rencontrer. Vous pouvez dominer la situation par une simple démonstration militaire. » Telle était aussi l’opinion du général Ducrot. Mais écoutons le principal intéressé, Bismarck lui-même, meilleur juge encore. Il a avoué au Reichstag, le 16 janvier 1874, le péril qui le menaçait alors : « Quoique la France, a-t-il dit, eût peu de soldats, un contingent français eût suffi à transformer en une excellente armée les nombreuses troupes du Sud, qui étaient très bonnes, mais peu organisées. Nous aurions été forcés de couvrir Berlin et d’abandonner tous les avantages conquis en Autriche. »

Diplomatiquement, notre situation n’était pas moins favorable. Dans les monarchies méridionales, l’exaspération était à son comble. Un mot d’ordre courait : « Plutôt Français que Prussiens. » Le général Ducrot signale que les rois de Wurtemberg et de Bavière, ainsi que le grand-duc de Hesse écrivirent des lettres autographes à l’Empereur pour solliciter son secours. De ces démarches faites afin d’obtenir l’intervention française, la plus connue est celle de Beust. Il quitta Vienne le 9 juillet, et notre ambassadeur, le lendemain, fit connaître son départ en ces termes : « L’empereur François-Joseph avait espéré que, en cédant la Vénétie à la France, en acceptant sa médiation, en rendant l’empereur Napoléon arbitre du sort de son empire, l’Empereur se serait mis avec lui contre ses ennemis… Aujourd’hui que l’inefficacité des lettres, des messages, des pourparlers paraissait démontrée, il était nécessaire de savoir sur quoi