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Page:Revue des Deux Mondes - 1917 - tome 42.djvu/155

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remaniemens de territoire qui seraient de nature à déranger l’équilibre européen. »

Cette convention est complétée par une note additionnelle qu’éclairent elle-même les correspondances diplomatiques. « Les ministres autrichiens, écrit notre ambassadeur à Vienne, ont déclaré qu’ils attachaient le plus grand prix à ce que, au moins dans la note additionnelle, il fût dit que la France ne s’opposeserait pas aux accroissemens territoriaux de l’Autriche [1]… Le gouvernement autrichien n’aurait aucune objection à élever contre un remaniement territorial qui ferait des provinces rhénanes un nouvel Etat indépendant. Au surplus, il se mettra d’accord avec la France. » Quand l’accord a été signé, notre ambassadeur en définit ainsi la portée : « Dans l’état actuel des choses, nous sommes sûrs que, si la guerre éclate, la Vénétie nous est cédée pour prix de notre neutralité et de nos bons offices en Italie, et, si la guerre, en se développant, amenait une situation nouvelle dans laquelle il nous fût avantageux de prendre une part plus active, rien ne nous empêche de le faire. Ce n’est certainement pas l’Autriche qui se plaindra de nous voir entrer en campagne et qui s’opposera aux acquisitions que les événemens pourraient nous procurer. » Traduisons donc : si, pour payer notre neutralité, on nous promet l’indépendance de la rive gauche, — sous un régime d’ailleurs à propos duquel nous serions consultés et qui ne serait peut-être que transitoire, — l’annexion immédiate serait la conséquence de notre intervention armée. Nous sommes donc garantis.

Or, toutes les négociations conduites par la France avant Sadowa participent du même esprit. Il est très notable qu’elles ont considéré comme à peu près exclue l’hypothèse d’une action militaire. Si le gouvernement impérial a signifié que les circonstances pourraient le contraindre à tirer l’épée, c’est là une éventualité qu’il croyait improbable, et en fait, il n’a pris aucune disposition pour y préparer notre armée, épuisée par la campagne du Mexique. L’Empereur, dès ce moment malade et désireux de tranquillité, se croyait le maître de l’heure. Sa conviction, comme celle du reste des milieux officiels, était que l’Autriche, deux fois plus peuplée que la Prusse, serait victorieuse. Lorsque les deux adversaires seraient à bout de forces,

  1. Elle songe à reprendre la Silésie, comme le prouve une conversation du colonel italien Driquet avec Moltke. Cf. La Marmara, op. cit., p. 222.