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Page:Revue des Deux Mondes - 1917 - tome 42.djvu/151

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troupes qui le reçoivent déploient en son honneur les drapeaux de 1809, ornés de l’aigle impériale.

Lui, d’ailleurs, veut reprendre en Allemagne la place qu’y occupait le fondateur de sa dynastie. Il rallie autour de son trône les vétérans de la Grande Armée en créant la médaille de Sainte-Hélène, qui sera portée jusque dans les régions les plus lointaines du Hanovre et de la Saxe. Il a également le dessein de recouvrer les quatre départemens rhénans. Pour se les faire attribuer, Sybel raconte qu’il aurait proposé à lord Clarendon, lors du Congrès de Paris, une révision de la carte d’Europe. Au mois d’août 1857, à Osborne, il serait revenu à la charge auprès de la reine Victoria. En janvier 1866, il aurait pressenti sur le même sujet l’ambassadeur prussien. Quant aux démarches faites par Benedetti après Sadowa, elles sont dans toutes les mémoires.

La situation, dans les mois qui précèdent la guerre de 1866, est donc la suivante : d’une part, une Prusse haïe et redoutée, mais qui marche de toutes ses forces à la conquête de l’Allemagne ; de l’autre, de petits Etats exaspérés contre elle, et qui se sont rejetés du côté de l’Autriche ; enfin, au-dessus des deux partis, la France, dont l’intervention doit amener la victoire de celui qu’elle voudra bien soutenir. Les deux camps se disputent son aide et lui offrent les provinces rhénanes pour prix de ses services. Or, Napoléon III hésite, prête l’oreille aux ouvertures qui lui sont faites, mais reste énigmatique et muet jusqu’au moment où, à la dernière minute, il se décide à pencher faiblement pour l’Autriche. Ici commence une douloureuse histoire.

A Berlin, personne n’ignore que la rive gauche du Rhin est demeurée très française de sentimens. Guillaume Ier lui-même s’en rend compte, encore qu’il soit fort peu disposé à abandonner les territoires annexés par son père en 1815. Après les fêtes commémoratives d’Aix-la-Chapelle, il est repassé par Francfort ; il y a rencontré Savigny, son ministre auprès de la Diète, et lui a exprimé tout son mécontentement de l’accueil qu’on lui a fait. Le comte de Reculot, qui nous représente là-bas, résume cette conversation, puis il ajoute : « Sa Majesté a témoigné le regret que M. de Bismarck ne l’eût pas accompagnée. L’année dernière, l’on avait attribué la réception assez froide faite au roi à la présence de ce ministre : cette année il