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Page:Revue des Deux Mondes - 1917 - tome 42.djvu/148

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Partout sur la rive gauche, l’opinion est la même. En Prusse rhénane, elle s’est exprimée très clairement par l’attitude des populations lors des fêtes du cinquantenaire. « Une chose à remarquer, écrit notre ministre à Francfort en 1865, c’est que les seuls pays qui nous soient restés attachés sont ceux qui ont le plus souffert pendant les grandes guerres du commencement de ce siècle. C’est le Palatinat et une partie des provinces rhénanes ; c’est surtout la ville de Mayence. » Ces affirmations sont tout autre chose que l’illusion d’un visionnaire ou la fantaisie d’un diplomate étranger qui veut plaire à ses chefs. Reculot, en effet, ne pèche que par trop de modération. Pendant tout le règne de Napoléon III, la France reste la grande patrie des Rhénans. Ils affluent chez nous. Les Hessois forment à Paris une importante colonie. Les ouvriers du Palatinat y sont très nombreux. Les jeunes filles de Trêves et de la Moselle y viennent chercher des places. Si les aveux enveloppés de Riehl ne paraissent pas assez probans, il y a d’autres textes, témoignages très nets de ceux des contemporains qui sont le mieux en situation de juger. En 1866, au moment où la guerre va éclater entre l’Autriche et la Prusse, Clovis de Hohenlohe ne se fait aucune illusion sur les sentimens des Bavarois rhénans, « peuple sans caractère, écrit-il dans ses Mémoires, et qui supporterait très bien de passer à la France. » L’année précédente, l’Université de Bonn a délibéré sur la question de savoir si elle devait créer une chaire pour un professeur de littérature française moderne. Elle s’y est refusée, après avoir pris connaissance d’un rapport du professeur Simrock, un rallié qui connaît bien ses compatriotes : « Pourquoi, déclare-t-il, avons-nous besoin d’un troisième maître, quand des hommes comme Diez et Delius s’occupent bien suffisamment de la langue et de la littérature françaises ? Encourager l’étude de la langue et de la littérature françaises aux dépens de l’allemand est chose périlleuse justement aux bords du Rhin, où les sympathies françaises n’ont pas encore disparu. »


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De ce qui précède se dégage cette conclusion que les populations rhénanes ne sont animées d’aucun loyalisme germanique. Elles, ne le sont pas à cause de leur aversion naturelle pour la Prusse, mais aussi parce que, dans l’opinion allemande