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Page:Revue des Deux Mondes - 1917 - tome 42.djvu/142

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brasseries, ce que confirme O. Hartmann, qui nous indique d’un mot les tendances secrètes de cette agitation : « Surtout dans le pays rhénan, écrit-il, dont les habitans se sentaient Prussiens par obligation (Musspreussen), les nouvelles de Paris eurent un effet foudroyant… On menaça de se réunir à la France. » A Trêves, les hommes qui jouent un rôle pendant toute cette période sont animés de sympathies pour nous. L’agitateur Grün, qui organise la manifestation du 26 mars, a longtemps habité Paris où il a des amitiés politiques. Deux jours avant, quand on a formé la garde nationale, c’est Recking, dont le grand-père était maire de la ville sous Napoléon, qui en a pris le commandement. Sur les véritables sentimens de la région mosellane, le discours prononcé par Lasinsky au congrès catholique de Mayence, malgré ses formes enveloppées, jette un jour fort cru. La voix de ce peintre s’élève contre la Prusse, et ses plaintes ont une portée politique : « Nous confinons à la France, à la Lorraine et au Luxembourg. Les gens des bords de la Moselle, et à Trêves en particulier, sont taciturnes, mais ils pensent beaucoup et profondément. L’oppression conduit le peuple à toutes les extrémités. »

Désire-t-on un aveu plus net encore ? A Mayence, la Mainzer Zeitung qui, le 30 mars 1848, a sommé la chambre hessoise de déclarer au roi de Prusse que le peuple rhénan ne voulait rien savoir de lui, et qui multiplie ses attaques contre le « prince Mitraille, » imprime ces mots décisifs à la date du 4 mai : « Dans la vallée du Rhin, l’aversion pour la France disparaît de jour en jour, en même temps que s’évanouit la confiance en l’Allemagne. » Lorsque Frédéric-Guillaume IV a refusé la couronne impériale, le congrès des municipalités rhénanes réuni à Cologne vote une résolution qui contient cette phrase : « Les soussignés, pour conclure, expriment leur conviction que, si l’on ne veut pas tenir compte de leurs remontrances, la patrie court les plus graves dangers, que ces dangers peuvent même aller jusqu’à mettre en péril l’existence de la Prusse telle quelle est présentement constituée. » Le vote est du 5 mai 1849, Quelques jours plus tard, le Palatinat et Bade se soulèvent. C’est vers la France que se tournent les insurgés. C’est à elle qu’ils demandent des officiers et des armes. Mais elle ferme ses frontières et interdit même l’exportation par la Suisse. Les négociations continuent pourtant, mais nous ne répondons que