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Page:Revue des Deux Mondes - 1917 - tome 42.djvu/132

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une constitution allemande qu’ils votèrent le 28 mars 1849. Tous les Etats germaniques devaient être groupés sous le sceptre d’un empereur, assisté de ministres responsables. La question était pourtant de savoir si l’Autriche ferait partie de cette combinaison : dans ce cas, on fonderait la grande Allemagne, tandis que, si elle en était exclue, seule était possible une petite Allemagne. Les partisans de celle-ci l’emportèrent. Le 28 mars, le roi de Prusse fut élu empereur, mais il refusa la couronne et la constitution le 3 avril, ne voulant pas tenir son pouvoir du peuple. Le Parlement de Francfort, réduit à quelques députés, se retira à Stuttgart où il fut dispersé. L’insurrection se déchaîna en plusieurs points de l’Allemagne, à Dresde, surtout en Bade et dans le Palatinat. Elle fut écrasée, et l’on rétablit l’ancienne Diète le 10 mai 1850.

Ces événemens, qui ont attesté la profonde désunion des Etats germaniques, ont eu leur répercussion ou leur théâtre sur la rive gauche du Rhin. La fermentation y commence aussitôt que se répandent les nouvelles de Paris. Le 27 février 1848, Trêves réclame une constitution. Le 2 mars, Cologne s’agite à la voix des ex-lieutenans Anneke et Willich, du médecin Gottschalk, et de François Raveaux. Le 5, Aix-la-Chapelle manifeste, et, quelques jours après, Bonn et Düsseldorf prennent position. Dans la Révolution de Berlin, les Rhénans jouent un rôle considérable, car, dès le début de mars, Cologne et trente-quatre autres villes de la région ont envoyé au roi une députation chargée de défendre le point de vue libéral. D’un bout a l’autre de la crise, les démonstrations se succèdent : il s’agit pour nous d’en montrer le sens et la portée.

Divers symptômes pourraient faire croire que les populations de la rive gauche ont été animées par la passion unitaire et qu’elles se sont senties profondément allemandes. Il est vrai qu’un agitateur comme Robert Blum et un teutomane comme Venedey, tous les deux Rhénans, ont été députés à Francfort. Il est exact qu’en maints endroits le lied pangermaniste de Arndt, Was ist des Deutschen Vaterland, a été chanté par la foule ; que le drapeau de la grande Allemagne, noir, rouge et or, a été arboré sur les édilices municipaux à Aix-la-Chapelle, Bonn, Düsseldorf, Cologne, Trêves, et ailleurs encore ; que les comités électoraux de la rive gauche ont réclamé la création d’une flotte nationale ; que l’archiduc Jean a joui d’une grande