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Page:Revue des Deux Mondes - 1917 - tome 42.djvu/122

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de la guerre ? Toute sa vie et toute son œuvre aboutissaient à cette heure unique où, sans l’avoir cherché, il s’est révélé comme notre héraut national.


L’heure, — déclarait-il en débutant, — l’heure n’est plus aux longs articles dans le silence et la réflexion : il n’y a de place que pour l’action. Chaque jour, autant que je le pourrai, je noterai ici les battemens de nos cœurs. Puisque, douleur poignante, le vieux soldat ne peut plus être dans le rang, tandis que va se jouer la partie suprême attendue depuis quarante-quatre ans, peut-être pourra-t-il servir encore utilement la patrie avec la seule arme qui reste à son bras vieilli [1].


Jamais patrie n’aura été mieux servie. Je ne sais ce que penseront de cette suite d’articles ceux qui viendront après nous. A nous autres il est bien difficile de les juger avec toute l’impartialité souhaitable. Nous les avons trop vécus ! Ils font désormais partie de nous-mêmes. Toute notre vie nous y retrouverons le vivant écho des émotions, des espérances, des angoisses par lesquelles nous avons tous passé au cours de ces semaines tragiques où se décidait le sort du pays. Et quand, plus tard, nous voudrons raviver nos souvenirs, faire renaître, avec notre âme d’autrefois, les sentimens qui l’agitaient, ce sont ces derniers articles d’Albert de Mun que nous voudrons relire.

Quand nous les relisons d’ailleurs aujourd’hui, à plus de trois ans déjà des événemens qui les ont inspirés, ils nous paraissent aussi beaux qu’au premier jour. Aucune rhétorique. Aucune recherche de pensée ou d’expression. L’éloquence la plus spontanée, la plus simple, la plus jaillissante. Le lyrisme le plus direct, le moins concerté, le plus dédaigneux des procédés qu’il y ait peut-être dans notre langue. C’est véritablement une âme, — et quelle âme, haute, généreuse et profonde ! — qui s’exhale et se livre tout entière.

Voyez d’abord avec quels accens, lui qui, toute sa vie, a si souvent rêvé de l’unanimité française, et qui voit enfin son rêve réalisé, il nous crie, « le jour sacré » du 4 août, « son émotion profonde, sa poignante admiration, sa fierté patriotique » : Rien ne s’est vu de si beau, de si grand dans notre histoire. Tous ces hommes debout, frémissans d’enthousiasme, emportés par un

  1. La guerre de 1914, p. 8.