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Page:Revue des Deux Mondes - 1917 - tome 42.djvu/117

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Noble langage en vérité, et qui, faisant écho au mot historique du duc d’Aumale, traduit admirablement la pensée profonde d’Albert de Mun, celle qui, par-dessus toutes les divergences doctrinales, toutes les oppositions politiques, a fait l’unité intime de sa vie. Ayant eu, d’ailleurs, « par d’irrécusables témoignages, la certitude de correspondre à la pensée nationale, » il poursuivait sans défaillance la tâche qu’il s’était assignée. Il se défendait de pousser à la guerre. « Que la diplomatie s’efforce de la conjurer, disait-il, je le veux, pourvu que ce soit sans rien sacrifier de l’honneur national, pourvu que ce soit, surtout, en fortifiant les amitiés fécondes, non en poursuivant des rapprochemens stériles. Timeo Danaos… » Il redoutait par-dessus tout les promesses d’amitié protectrice par lesquelles on essayait d’endormir notre bonne foi et de nous faire contracter des marchés de dupes. De quelque côté qu’il tournât les regards, il apercevait des causes d’inévitables conflits et des raisons d’inquiétude, et il les énumérait avec une pressante insistance, Surtout, il voyait poindre à l’horizon, entre l’Angleterre et l’Allemagne, un duel fatal, formidable, auquel, bon gré mal gré, nous ne pourrions pas rester étrangers. « Une politique de funestes abandons et de criminels oublis, écrivait-il un peu sévèrement, nous a réduits à n’être, dans le conflit des deux empires, que le champ clos où se fera le heurt décisif. Nous y trouverons la mort ou la résurrection, selon que nous l’aurons voulu. »

Et il ne se trompait pas, puisque, dans la pensée allemande, la guerre déchaînée en 1914 ne devait être que la première étape de cette lutte titanesque. Et il se trompait moins encore en dénonçant les signes précurseurs et les raisons profondes de l’agression germanique, les difficultés économiques et financières de l’empire voisin, les prédications belliqueuses d’outre-Rhin, « les préparatifs grandissans, et, sur notre propre sol, l’envahissement pacifique préludant à l’invasion guerrière [1]. » Sinistrés symptômes, s’ils n’avaient eu leur consolante contre-partie dans la fierté, l’ardeur, la résolution dont étaient animées les générations nouvelles. Ces sentimens virils, dans ses enquêtes sur l’état moral du pays, Albert de Mun les avait partout rencontrés. Il s’en réjouissait, et la confiance

  1. Pour la Patrie (Émile-Paul), p. 289, 305.