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Page:Revue des Deux Mondes - 1917 - tome 41.djvu/97

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le plus sûr de la doctrine monarchiste, et l’ancien nomade le fervent le plus passionné de sa petite patrie, le plus ardent défenseur de l’autre !

A la déclaration de guerre, Jean-Marc Bernard avait trente-trois ans. Son extrême myopie et sa délicatesse l’avaient fait classer dans les auxiliaires, mais il réclamait aussitôt son affectation au service armé, l’obtenait, et s’en allait l’annoncer gaiment partout. Comme il n’avait déjà pas hésité à entrer dans les comités de propagande pour y militer en faveur de ses idées, il n’hésitait pas davantage à s’engager, malgré sa faiblesse physique et sa mauvaise vue, pour défendre son pays, passait d’abord quatre mois dans un camp d’instruction, était blessé à peine envoyé au feu, évacué dans un hôpital, renvoyé au front, et racontait ainsi son retour sur la ligne de bataille, dans une lettre à un ami : « Je suis arrivé dans mon secteur le dimanche 13. Ma compagnie étant dans les tranchées, il me faut attendre qu’elle soit au repos pour y être versé de nouveau. En attendant, j’ai demandé à faire partie du ravitaillement, et hier je suis allé deux fois dans la tranchée porter la soupe aux copains. Là, j’ai connu ce que c’était que la peur. Pendant une heure, l’abri sous lequel nous étions a été véritablement enterré par les marmites boches. Je n’en menais pas large. Ma première blessure a dû me rendre plus nerveux, mais je crois que ça ne durera pas. »

La vérité est que cet état de nervosité maladive était le fond même de sa nature, et que tout y répugnait au terrible métier de soldat. Vibrant et souffrant au moindre choc, et n’ayant pour lui que son courage, l’héroïque mais fragile Jean-Marc, rien qu’en réclamant l’uniforme, s’était revêtu lui-même de la tunique du martyre. Il ne s’était même certainement jamais douté de ce que pouvaient être les trombes et les ouragans des guerres nouvelles, et les déluges de fer, de plomb et de flamme sous lesquels s’y entr’ouvrait la terre. « Oui, écrivait-il encore à un autre de ses amis, à Raoul Monnier, destiné à mourir comme lui pour la patrie, l’abondance des marmites déprime un peu, mais on s’y fait. » Et il lui envoyait en même temps cette sombre et désolée paraphrase du De Profundis :

<poem> Du plus profond de la tranchée Nous élevons les mains vers vous,