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Page:Revue des Deux Mondes - 1917 - tome 41.djvu/952

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par trop l’armée austro-hongroise; mais il serait aisé au général Cadorna de faire les mêmes constatations que nous et de calculer ce que le plateau des Sette Comuni, l’an dernier, et, cette année, le Carso, ont enlevé du Dniester et du Sereth. Au reste, la question, sous sa forme aiguë et urgente, est moins dans la mesure de l’effort allemand que dans celle de la résistance russe, bien que, pour nous, cette mesure ne marque point une limite, à cause des compensations qui nous sont venues, et qui ne cesseront d’aller croissantes.

Or, la résistance russe, — les faits le montrent malheureusement, — est toujours détendue; la Russie est toujours malade. Elle sort à peine, si elle en est sortie, du conflit ou de l’incident entre Korniloff et Kerensky. Le plus intéressant de l’affaire, ce n’est point aujourd’hui l’aventure de Korniloff : elle est réglée ou va se régler, sans excès de rigueur, espérons-le, un juste compte tenu de toutes les circonstances, et jamais on n’en vit de plus atténuantes. Le plus-intéressant, à présent et pour l’avenir, c’est le jour que cette histoire jette sur la position de Kerensky.

A cor et à cri, de toute la force de leurs poumons exercés dans les réunions publiques. les « maximalistes, » — car on est obligé de parler leur langue et de leur donner le nom qu’ils se donnent, — ont d’abord réclamé le renvoi en cour martiale du généralissime Korniloff et de trente-deux généraux, « ses complices. » Ce violent amour de la légalité est touchant chez des anarchistes ! Puis, par un revirement subit, les mêmes maximalistes du Soviet de Pétrograd ont adopté une motion tendant à ce que les complices de Korniloff et Korniloff en personne fussent relâchés de toute poursuite, parce qu’ils étaient « seulement coupables d’avoir suivi les instructions de Kerensky et servi les projets du dictateur. » Remarquons que l’épithète est transférée de l’un à l’autre, et qu’on veut faire passer le crime où est le titre. Le « dictateur, » non plus au sens officiel, mais au sens péjoratif, l’homme du coup d’État n’est plus Korniloff, simple instrument, agent inconscient, mais Kerensky. Ainsi la manœuvre se dessine, et l’incident, le « malentendu » entre Kerensky et Korniloff prend sa pbice exacte, sa valeur exacte d’épisode dans la lutte sourde ou déclarée entre Kerensky et la fraction extrême des Soviets.

De la même lutte, la « conférence démocratique » de Pétrograd a été un autre épisode. L’idée de la convoquer est née, toujours chez les extrémistes, au lendemain de la proclamation de la République, quand on disait que Kerensky allait être appelé à la Présidence-Dictateur, généralissime, président, la triple couronne ! Lui, il