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Page:Revue des Deux Mondes - 1917 - tome 41.djvu/951

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CHRONIQUE DE LA QUINZAINE.




Tandis que le roi Victor-Emmanuel visitait, sous le canon, les points les plus vivans de notre front, en commençant délicatement par la terre d’Alsace reconquise, les Anglais complétaient, le 26 septembre et le 4 octobre, leur premier succès. 4 500 prisonniers, s’ajoutant aux 3 000 déjà faits, portaient le total à 7 500 ; et les pertes, en morts et en blessés, si l’on en peut juger par les cadavres comptés en de certains endroits, donneraient la proportion de cinq à un; cinq Allemands pour un Anglais, ce qui s’explique par la violence du feu, dans ces batailles d’artillerie. A ce taux, les régimens fondraient vite ; l’ennemi, selon des témoins en situation d’être bien renseignés, s’affaiblirait d’environ une division par jour de combat. Quoique ce soit une matière où il vaille mieux être prudent dans les affirmations, il est certain que, même militairement, l’Allemagne s’use. Sans parler pour elle de disette, de pénurie, ni de crise des effectifs, sans prétendre qu’à cet égard aussi elle soit à bout, elle est visiblement à court, elle n’en regorge plus, elle est, comme on dit, « près de ses pièces; » elle ne dépense plus avec une profusion impériale; au contraire, elle épargne et recommande l’économie.

Puisque nous en sommes à l’heure où il faut peser et équilibrer les forces, il importe particulièrement que chacun des alliés sache ce qu’il a en face de lui. Un communiqué officieux du gouvernement provisoire faisait récemment observer que, telle qu’elle est, l’armée russe retient devant elle une notable partie de l’armée allemande. Notable sans doute, mais pourtant la moindre, si, pour notre part, sur le front occidental, nous n’en avons jamais eu devant nous moins de 60 pour 100, et si parfois, dans les momens critiques, en novembre 1914, en juin 1916, nous en avons eu jusqu’à 72 et jusqu’à 75 pour 100. Une balance purement numérique ne saurait négliger