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Page:Revue des Deux Mondes - 1917 - tome 41.djvu/911

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nous protégeons et qui nous ignore, ne veillons-nous pas sur son luxe et sa pauvreté, ses richesses et son travail, sur toutes les passions qui bouillonnent en elle, sur la vie et la mort qui grouillent à nos pieds ? De là-haut cependant l’hôtel le plus luxueux et la plus humble demeure confondent leurs toits dans la même uniformité grise, et l’homme qui passe, fût-il le plus orgueilleux, ne nous semble jamais qu’un inoffensif grain de sable !…

Elle est monotone et sans grands horizons, cette vie des gardiens ailés de la capitale ! La brise apporte avec elle jusque-dans leurs hangars le furieux grondement du canon tout proche ; sur les lignes qu’ils distinguent dans le lointain, leurs camarades moissonnent la gloire ; après eux, à l’arrière, ils ne peuvent que glaner ! Leur jeunesse s’épuise à veiller sur le repos de la cité ; leur bravoure s’énerve par l’anxiété de l’attente ; la mort, habituelle compagne de l’aviateur, éclaircit peu à peu leurs rangs. Là-bas, l’émotion des combats, l’impatience de lendemains toujours plus héroïques soutiennent les soldats du front ! Ici, les jours s’écoulent tous pareils dans l’austère satisfaction du devoir accompli !


HEURES DE GARDE

Les champs que nous habitons avec nos grands oiseaux de toile blanche sont des plaines désertiques dont rien ne rompt le monotone ennui. Jusqu’à l’infini, le soleil y tombe en nappes. de feu ; le vent y soulève la poussière en fumeux tourbillons ; la pluie y cingle en lanières liquides au gré des saisons.

Alentour, hangars, baraquemens et tentes de toile dressent leurs géométriques alignemens. Par-devant, dorment nos oiseaux : accroupis sur leurs pattes, prêts à bondir en avant, ; leurs grandes ailes perpétuellement déployées vers le large, leurs hommes couchés à l’ombre des monstrueux empennages, ils attendent un signal.

Sur les champs où nous vivons, il n’y a point d’arbres où se posent et gazouillent les vrais oiseaux. Nos oiseaux à nous ne sont pas de ceux qui recherchent l’ombre des chênes, qui sifflent au faite des peupliers, qui chantent du creux des buissons fleuris. Nos oiseaux sont semblables aux courlis immobiles au milieu des plaines ayant de prendre leur envol.